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non-verbal induction

Le problème de l’induction et le non-verbal

Cet article est écrit par un invité, Frédéric Tomas, qui est doctorant en psychologie à l’université de Paris 8, passionné par le non-verbal, l’esprit critique et le libre examen. Il a donc décidé de coupler ces trois centres d’intérêt et de proposer ses réflexions ci-dessous.

 

Le non-verbal prend énormément d’ampleur ces deux dernières décennies si l’on regarde l’agglomérat d’experts auto-proclamés se targuant d’aider le lecteur, le visionneur, le client – qui ne sont d’ailleurs souvent qu’une même personne – à décrypter le “langage non-verbal”, ou “le langage corporel”, dans l’objectif de définir les états émotionnels profonds et refoulés d’autrui, ou simplement d’acquérir des dons de mentaliste professionnel permettant de détecter le mensonge. Si certains ouvrages méritent l’attention du scientifique amateur rigoureux, tels que ceux de Paul Ekman, David Matsumoto, ou Aldert Vrij, de nombreux opuscules de taille variable regorgent d’informations ascientifiques. Pourquoi ? Parce que celles-ci sont issues d’une approche inductiviste problématique. Explications.

Le problème de l’induction

Depuis que les premiers scientifiques sont nés, s’opposent deux camps qui se distinguent par leur méthodologie d’accès à la connaissance. Nous avons d’un côté les empiristes, tels qu’Aristote, Francis Bacon et John Locke, et les rationalistes comme Platon, René Descartes ou Immanuel Kant. Ces deux approches de l’acquisition de la connaissance par l’être humain se distinguent par l’accès à celle-ci : les empiristes construisent leur théorie des idées a posteriori, tandis que les rationalistes conçoivent la connaissance a priori. Une méthode inductive basée sur la perception, contre une approche de la connaissance déductive par la raison. Et, au centre, une guerre idéologique incroyable qui dure depuis des milliers d’années.

epistemologie non-verbal

Qui a dit qu’on s’ennuyait en sciences?

Très brièvement, distinguons empiristes et rationalistes. Les empiristes supposent que la perception est la seule manière que nous avons d’accéder au réel. La réalité elle-même est inaccessible, métaphysique, d’une certaine manière. Nos sens sont la porte ouverte à la compréhension du monde, qui s’imprimerait sur l’esprit comme une photographie sur une carte mémoire qui se remplirait progressivement. C’est l’idée de la tabula rasa : l’apprentissage consiste en l’impression des connaissance sur le support initialement neutre qu’est l’esprit. De l’autre côté, les rationalistes cherchent à s’éloigner de l’empirisme, et à mettre en exergue les méthodes de réflexion et de conception de théories en amont. Il s’agit donc de formuler une hypothèse à partir d’un doute, pour ensuite se concentrer sur son expérimentation. Ils ont donc une méthode totalement contraire à celle de l’empirisme : leur fondement a priori, basé sur la raison, s’oppose l’absorption par l’expérience, a posteriori, de l’empirisme. Comment trancher sur la méthode la plus efficace dans le domaine de la science, du coup?

 

Karl Popper sera probablement l’esprit le plus influent du 20ème siècle concernant l’épistémologie et la réflexion sur l’origine des connaissances. Dans son ouvrage La logique de la découverte scientifique, Karl Popper tire à balles réelles sur la méthode inductive, en définissant qu’une théorie scientifique a une gamme d’applications infinies, et que la démonstration par l’expérience, de par son caractère fini, ne permettra jamais de démontrer quoique ce soit. C’est dans une approche évolutionniste qui lui est chère qu’il développe les principes de réfutabilité et de falsifiabilité [1]. Une théorie qui se veut scientifique dans sa méthode doit pouvoir être falsifiée, et potentiellement réfutée. En d’autres mots, il convient de pouvoir imaginer un contre-exemple concret, réel, qui viendrait potentiellement, suite à un test, invalider une théorie. Sommairement, si l’on souhaitait falsifier la théorie de la gravité, il faudrait imaginer qu’un objet lâché d’une certaine hauteur ne se soumet pas à l’attraction terrestre. L’approche falsificatrice écarte donc toute préoccupation métaphysique de la science : falsifier des énoncés tels que « Dieu existe » ou « 1 et 1 font deux » semble en effet fort complexe.

 

Les théories, d’après Popper, ne peuvent donc pas être confirmées. Cependant, elles peuvent être corroborées : une théorie sera d’autant plus importante et puissante qu’elle aura été soumise à des tests corroborant ses hypothèses. Imre Lakatos, philosophe des sciences et épistémologue hongrois, nuancera l’approche poppérienne, en décrivant un principe de falsifiabilité multiple : une théorie n’est réfutée que si elle se confronte à un ensemble de falsifications la concernant. En se basant sur les travaux de Pierre Duhem, scientifique français du 19ème siècle, Lakatos posera un ensemble de questions extrêmement pertinentes : faut-il supprimer l’hypothèse toute entière, ou la déconstruire afin de l’altérer dans une de ses composantes? Suspense. Mais cessons de digresser.

 

L’approche scientifique généralement acceptée aujourd’hui se base sur les écrits de Popper afin de démontrer le caractère scientifique d’une discipline. Pour cela, elle en vérifie les énoncés, leur caractère falsifiable, et les soumet aux tests les plus adaptés afin d’établir leur validité scientifique. Dans une position moins radicale que celle de Popper concernant l’origine de la connaissance, il convient d’appliquer ce genre de raisonnement tant à des réflexions empirico-inductives qu’à des réflexions hypothético-déductives. La méthode inductiviste, en tant qu’outil, n’est pas donc pas à blâmer entièrement : elle est certainement une source de connaissance intéressante. C’est là-dessus qu’est basée la théorie des forces newtonienne, qui a fait son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce qu’Einstein la démonte. Mais sans la première, la seconde n’aurait probablement jamais existé.

newton einstein theorie

Épistémologie du non-verbal en librairie

En gardant tout ceci en tête, revenons à notre sujet principal, celui du non-verbal généralement accepté dans les rayons des grandes librairies, et confrontons-le aux éléments épistémologiques que nous venons de développer. Il y a des très fortes chances que les résultats ne plaident pas la faveur des pseudo-vulgarisateurs du domaine. En effet, il y a chez ceux-ci une méthode globalement inductive, issue d’éléments lambda que les auteurs ont constatés. L’aspect pseudo-scientifique réside dans plusieurs paramètres de la discipline, allant du nom aux apparences savantes (Synergologie, Analyse Morpho-Gestuelle, Programmation Neuro-Linguistique, Programmation Neuro-Gestuelle, et je ne parle là que du non-verbal), à l’usage d’une terminologie particulière, un novlangue orwellien que la science découvre en même temps que le lecteur profane (« Assattes », « Verrou oculaire », « Système VAKO », etc.), en passant par un outil de classification dont se vantent certains, afin de démontrer un esprit de synthèse apparemment scientifique.

 

Tout ceci n’est que fumisterie pour environ 90% des ouvrages disponibles. Il suffit de voir combien d’ouvrages proposent une bibliographie pertinente. Mieux, il s’agit, avant de se procurer l’ouvrage en question, de déterminer si la science corrobore les faits énoncés, et si ces affirmations ont fait l’épreuve des tests mis en place par les chercheurs. Ils sont si peu. Et ceux-ci ne sont probablement pas étiquetés “best-seller”. Les auteurs qui daignent se piquer à la carapace de la science sont rares, dans le domaine populaire.

science neil degrasse tyson

Image (de la science) non-contractuelle.

Alors, certes, c’est caricaturé, je le concède très volontiers. C’est aussi casser du sucre sur le dos de personnes qui ne cherchent, dans le meilleur des mondes, qu’à transmettre un savoir qui « fonctionne pour eux ». Cependant, il y a ces implications importantes, éthiques, auxquelles chacun devrait réfléchir avant de prendre ces informations pour argent comptant. Imaginez un juge lisant ces ouvrages et, dans un moment d’égarement critique, qu’il applique des affirmations infondées en cour lorsqu’il statue, consciemment ou non, de la crédibilité d’un témoin, d’une victime ou d’un accusé. Considérez le responsable recrutement des ressources humaines qui vous analyse, lors de votre prochain entretien, et vous juge selon des méthodes totalement infondées. Envisagez encore le jeune homme en perte de confiance, qui, en se basant sur ces ouvrages, prend un non pour un oui, et interprète des signes inexistants de manière fallacieuse Ces situations sont cruciales, et c’est à cet escient que la science existe : il s’agit d’un repère qui, dans le doute, permet de trancher, et de déterminer si ce qui nous fait face peut nous être utile.

 

Loin de moi cependant l’idée de poser la science en dogme béant obligatoire à l’humanité. Pour garder l’aspect davantage humain, voire humaniste, de Lakatos, je préfère me dire que la science, si elle réfute, ne rejette pas pour autant, et continue à chercher, à sonder, à altérer, à observer afin de découvrir ou de se rapprocher d’une potentielle vérité. Je considère personnellement les domaines scientifiques comme une bonne amie, conjointe du libre examen auquel j’ai été formé pendant mon parcours universitaire. Cette optique implique, comme l’a si bien dit André Nayer en ce début d’année académique, lors d’une conférence à l’Université Libre de Bruxelles, de jouir de la liberté de se demander « pourquoi ? ». Profitez-en, c’est gratuit, et ça fait beaucoup de bien.

 

[1] Qui diffèrent, par leur caractère abstrait, de la réfutation et de la falsification. Cependant, Popper tend, en fonction des écrits, à confondre les deux. Il semblerait qu’à la fin de sa carrière, il se soit davantage rapproché du pendant concret de ces affirmations.

detecter le mensonge avec le regard

Peut-on détecter le mensonge avec le regard ? – Le Dîner de Com’ #1

Première émission où je reviens, pendant un repas, sur les croyances que l’on peut tous avoir sur la communication ou la communication non-verbale. Le ton y est volontairement léger et les situations (un peu) fictionnelles.

 

Si vous souhaitez approfondir le sujet, vous pouvez lire ces articles sur la détection du mensonge :

Peut-on vraiment détecter le mensonge grâce au non-verbal ?

Vérités sur le mensonge du non-verbal

 

ou bien vous référer à ces sources :

DePaolo, B.M., Lindsay, J., Malone, B., Muhlenbruck, L., Charlton, K., et Cooper, H., Cue to deception, Psychological Bulletin, 129 (1), p. 74­118, (2003)
Zuckerman, M., & Driver, R.E. Telling lies: Verbal and nonverbal correlates of deception. In A.W. Siegman & S. Feldstein (Eds.),Multichannel integrations of nonverbal behavior (pp. 129–147), Hillsdale, (1985)

 

Voici aussi quelques chercheurs/auteurs dans la détection du mensonge qui sont incontournables :

Bella dePaulo, Aldert Vrij, Paul Ekman, Marvin Zuckerman, Michel St-Yves…

 

Un bon bouquin, écrit par l’un de mes relecteurs :

Communication non-verbale et crédibilité des témoins, par Vincent Denault

creer sa pseudo-science

Comment créer sa propre pseudo-science ?

Avant-propos : il s’agit là d’un article parodique et légèrement exagéré afin de comprendre les processus de fonctionnement des pseudo-sciences. Toute ressemblance avec des disciplines existantes serait grandement probable mais pas forcément volontaire.

Puisqu’il est difficile de créer une science et de travailler pour sa crédibilité (études longues et coûteuses, manque de reconnaissance, subventions…), je vous propose plutôt une méthode pour construire votre propre pseudo-science. Que vous souhaitiez honnêtement révolutionner le monde, en espérant ouvrir les yeux à la communauté scientifique, ou que vous visiez le succès commercial, voici quelques conseils pour rapidement gagner en notoriété et vous attirer le mécontentement de la communauté scientifique. Mais vu qu’on ne les entend pas beaucoup, ce n’est pas bien grave (je vous expliquerai d’ailleurs comment argumenter contre des scientifiques).

Commençons par la base : trouver une idée !

 

Définir sa pseudo-science

Cela parait bête dit comme cela, mais il est important de délimiter de quoi est capable votre pseudoscience. En effet, pour répondre à la définition de cette dernière, celle-ci doit désigner ce qui est « faussement attribué à la science ». Vous devez donc donner certaines illusions de scientificité, en évitant de donner à votre discipline de trop grandes prétentions (éviter de dire que vous soignez par apposition des mains ou que vous lisez dans l’esprit humain : vous serez plutôt catalogué dans le paranormal).

Avoir un petit bagage scientifique est un plus, mais n’ayez crainte : même si vous n’y connaissez rien, il est facile de donner l’illusion de dire quelque chose de profond et d’intelligent (j’y reviendrai).

Pour que votre pseudo-science fonctionne, il est important de comprendre une chose liée à la psychologie humaine : l’homme est en quête de réponse ! Poser des questions, c’est un peu le boulot de la science. Elle produit une vérité provisoire, statistique, et ne répond pas à des questions existentielles. Au contraire offrez leur LA vérité, une vérité séduisante, rassurante et absolue.

La science, c'est abrutissant !

La science, c’est abrutissant !

Donc cherchez ce sur quoi les gens se questionnent : la santé, la réussite professionnelle, sociale ou amoureuse, l’histoire, l’espace… Bref, tout ce qui apporte une part d’inconnu et auquel on peut apporter du sens avec un minimum d’imagi… d’effort.

En ce qui concerne le nom, vous pouvez faire en sorte qu’il utilise la terminologie « logie », qui définit souvent les disciplines scientifiques. De nombreuses disciplines pseudo-scientifiques utilisent aussi cette terminologie, ce qui fait parfaite illusion auprès du grand public.

Facultatif : vous pouvez aussi protéger le nom de votre discipline (et son utilisation par des petits malins) en le déposant comme nom de marque. Il ne s’agirait pas que d’autres profitent de votre travail sans avoir payé !

 

Pratiquer sa pseudo-science

C’est bien, vous avez le nom de votre pseudo-science, vous savez ce qu’elle va faire, mais ne croyez pas que vous allez vous tourner les pouces : cela va au contraire demander beaucoup de travail pour avoir l’air crédible. Fort heureusement, vous n’aurez pas à l’être aux yeux des scientifiques (même si certains pourront vous croire), mais à ceux du public. Il va donc falloir utiliser certaines techniques pour les convaincre que votre discipline fonctionne :

Créez une « théorie » : définissez une nouvelle façon d’expliquer le monde, expliquez en quoi la vision actuelle est fausse (en usant de sens commun et de logique simpliste), et rendez irréfutable la vôtre. Irréfutable, ça ne veut pas dire que c’est vrai : ça veut dire qu’on ne peut même pas tester. Comme ça, on risque pas de prouver que c’est faux ! (Même si rien ne vous assure que c’est vrai…)

Trouvez des faits, des exemples, des témoignages qui vont dans votre sens : c’est un peu comme dans les marchés où le vendeur fait tester son produit, vous devez montrer des exemples que ça marche. Les exemples où ça ne marche pas ? N’en parlez pas, ou justifiez cela par un faux argument comme « c’était un cas exceptionnel », « c’est normal, c’était prévu » ou bien « ce n’était pas ma faute mais celle de X ou Y ».

Glorifiez les témoignages allant dans votre sens : les expériences racontées sont très efficaces, il n’y a qu’à voir les blogs de marketing utilisant les témoignages de clients (imaginaires ou non).

Usez de mots compliqués : utilisez des mots scientifiques, détournez les, voir même inventez-en. Ce lexique vous sera utile pour la prochaine étape.

Formez des gens : vous n’arriverez pas à grand chose seul, donc il est important de former des personnes convaincues de votre méthode. A leur tour, elles pourront former d’autres personnes. Il sera même possible de faire financer vos formations, ou bien d’obtenir une déclaration comme étant un organisme de formation. C’est un bel argument d’autorité car vous pourrez ainsi former plus facilement des employés, des cadres, des fonctionnaires. Et puis vous créerez aussi un diplôme (qui n’aura aucune valeur en soi, car reconnu par aucun ministère, mais il faudra l’avoir pour pratiquer votre discipline grâce aux protections juridiques que vous aurez mis en place)

N‘hésitez pas à pointer les mystères et les anomalies : et faites en sorte que votre discipline les explique. N’oubliez pas que l’homme aime les réponses.

Soyez confiant dans ce que vous dites : Le statisticien Joseph Klatzmann a dit une phrase très juste sur le sujet : « dites n’importe quoi, mais avec assurance : on vous croira ». N’ayez pas peur d’exprimer vos convictions, vous toucherez plus par l’émotionnel que par le rationnel.

Prenez les études qui vont dans votre sens : vous n’êtes pas obligé de les lire, certains journaux le font pour vous, il suffit de repartager l’information. Lire un article scientifique est pénible, souvent en anglais, et les protocoles sont assez incompréhensible. Fiez vous à ceux qui l’ont (peut-être) lu et qui le résument sur certaines magazines, blogs, ou autres… Ne vérifiez pas l’information par vous-même, c’est une perte de temps. Par contre, si une étude n’arrange pas votre discours, faites comme si elle n’existait pas, la plupart des gens n’ont pas accès aux écrits scientifiques de toute manière…

Soyez vague : si votre discipline œuvre dans une forme de prédiction, usez de techniques comme l’effet barnum, les biais de confirmation… Si l’on vous contredit sur vos affirmations, vous pourrez plus facilement user de l’argument de la mauvaise interprétation de votre message.

mensongeFaites des citations : citez des scientifiques comme Einstein, Newton, même si vous n’avez jamais rien lu d’eux. Citez Gandhi ou Martin Luther King pour montrer que vous êtes gentil. Internet regorge de sites de citations.

Faites des liens : confondez corrélation et causalité, faites des connections là où il n’y en a pas, interprétez ce que les autres appellent le « hasard ».

Promettez : donnez un produit final à ceux qui hésitent à vous suivre. Usez des arguments d’autorité, du fait que vous utilisez la science (même si vous ne savez pas comment elle fonctionne), jouez sur les attentes et la peur des gens. Après tout, ce sont eux qui vous défendront plus tard.

Soyez partout : faites en sorte que votre discipline puisse être utilisée par énormément de corps de métier. Donnez des conférences, dans un premier temps gratuites, et invitez des responsables d’entreprises que vous visez.

Faites parler de vous :  Votre vérité doit surprendre un minimum pour attirer l’attention, faire le buzz, susciter l’étonnement et la curiosité, sans toutefois être choquante, sans être à contre-courant des valeurs communes, comme l’amour de la nature et la valorisation des individus, le rejet de l’industrie et des élites.

Racontez de belles histoires : vous êtes un outsider. Vous avez une histoire de vie à part. Vous avez réussi malgré les difficultés. Les gens aiment les success story. Racontez la vôtre (bien évidemment en évitant les moment embarrassant, faut faire rêver)

Prenez le titre d’expert : les médias recherchent des experts en tout genre. Votre avantage, c’est que les scientifiques maîtrisent bien le fond de leur discours, mais la forme, ce n’est pas toujours le cas. Il y a un créneau que vous pouvez prendre justement en travaillant sur la forme. Et de toute manière, ça passe beaucoup mieux à la télévision.

Investissez dans le marketing : ne soyez pas avare à la dépense. De toute manière, vous ne dépenserez rien dans la recherche ou le développement de la crédibilité de votre discipline, donc investissez dans la publicité, dans la formulation de votre message, et dans l’enrobement de vos arguments.

Visez l’université : vu que vous ne pouvez pas prétendre entrer à l’université par la scientificité de votre méthode, entrez grâce à votre popularité ! Il y a bien quelques universitaires qui seront convaincus de votre méthode et qui finiront par parler de vous. Ça fera un parfait argument d’autorité quand on vous demandera ce que pense le monde universitaire de votre travail.

Astuce du pro : parlez de physique quantique, personne n’y comprend rien de toutes façons. Idem pour « onde », « vibration », « énergie », « naturel », « bio » (merci à Stef pour celle-ci)

Pour que votre pseudo-science soit reconnue, oubliez le passage par l’académique et l’universitaire. Il sera plus simple pour vous de gagner la sympathie du public. Pour ce faire, vous avez trois fantastiques alliés :

  • Internet

    Un site, un blog et vous pouvez toucher énormément de monde. C’est encore plus vrai avec les réseaux sociaux, où il est facile de faire passer de la désinformation.

  • Les médias d’information

    Les journalistes ne sont pas forcément formés à la méthode scientifique, et il n’est pas difficile d’être consulté par un journaliste pour un article où vous pourrez parler de votre méthode. Généralement, ce journaliste vous trouve car votre site internet est arrivé en première page de google…

  • L’édition

    Ecrire un livre peut être long, mais apporte un argument d’autorité des plus appréciable, quelquefois même plus appréciable que d’avoir un diplôme universitaire. Et ça aide aussi pour passer dans les médias d’information.

Il ne peut pas avoir tort, il risque d'être président.

Il ne peut pas avoir tort, il risque d’être président.

Combattre la contradiction

Vous connaîtrez sans nul doute des contradicteurs, que ce soient des scientifiques, des sceptiques ou des personnes se questionnant sur la validité de votre discipline. En fonction du contradicteur et du contexte, il faudrait utiliser différentes façons d’argumenter.

Jouer sur le relativisme des opinions : la liberté et l’égalité des personnes sont des principes indéniables, et beaucoup pensent qu’il en est de même pour les idées, et que toutes les opinions se valent. Profitez de l’amalgame pour justement rappeler à vos détracteurs qu’ils sont fermés d’esprit et cherchent à vous censurer.

Rappelez que vos méthodes fonctionnent : usez des témoignages des participants, personnalités ou entreprises qui vous ont fait confiance. Il ne peut pas y avoir autant de monde qui se trompe, non ?

Usez d’hypothèses ad hoc : si on réfute vos « théories » avec des arguments, tentez d’expliquer en quoi ces arguments sont faux ! Si on use de faits, prétextez la manipulation,  voire le complot.

Appelez-en à Galilée : en effet, ce dernier a vu ses théories fortement critiquées, alors qu’il avait raison. En quoi votre cas est-il différent du sien ? Après tout, la communauté scientifique est une église comme une autre…

Attaquez le messager plutôt que le message : sans nul doute que si l’on vous critique, c’est par jalousie. Les personnes ne peuvent pas avoir comme objectif la recherche de la vérité, il y a forcément une raison cachée pour que l’on cherche à vous nuire. N’hésitez pas à leur rendre la monnaie en les attaquant sur leur intelligence, leur physique ou leur situation professionnelle.

Demandez à ce qu’on prouve que vous avez tort : après tout, il n’y a pas d’étude scientifique spécifique contre votre discipline. Les scientifiques ne connaissent pas votre travail, donc comment peuvent-ils vous critiquer ? C’est ce que l’on appelle le « renversement de la charge de la preuve ». Ce n’est pas à vous de prouver que vous avez raison, mais à eux de prouver que vous avez tort.

Ne participez pas à des expériences scientifiques : certains sceptiques vous proposeront des protocoles afin de tester vos théories. N’acceptez pas, car il est bien évident que tout est truqué… Prétextez que vous souhaitez une expérience faite par un organisme indépendant, vous serez sûr de ne jamais être convoqué… Par contre, publiquement, prétextez que vous attendez avec impatience que la communauté scientifique vous teste…

Attaquez la science : « la science ne sait pas tout » est un argument qui fonctionne très bien. C’est vrai, elle se prend pour qui celle-là ?

Bim, dans tes dents la science !

Bim, dans tes dents la science !

Utilisez l’histoire à votre avantage : après tout, la science a fait des erreurs elle aussi ! Et au nom de la science, il y a eu des morts ! Alors qu’elle ne vienne pas vous faire la leçon…

Relativisez : c’est vrai, quel mal vous pouvez bien faire ? Les médecins, les psychologues et autres spécialistes font bien plus de mal que vous, c’est un fait. Votre approche n’est pas pire que ce qu’ils font tous les jours…

Soyez le gentil : prétextez aimer le monde. Œuvrez pour la paix dans le monde, la sauvegarde des animaux, la lutte contre le capitalisme, le combat contre les lobbies. Jouez des bons sentiments. Si on vous contredit, c’est que l’on cherche à vous nuire, alors que vous ne cherchez qu’à faire le bien. Et ceux qui font du mal aux gentils sont les méchants, CQFD.

Censurez ! : c’est encore plus facile sur les réseaux sociaux, il suffit de bannir vos contradicteurs et supprimer leurs messages (aucune importance que cela soit pertinent, nul besoin d’ailleurs de lire ce qu’ils cherchent à vous raconter). Idem s’ils commentent sur votre site. S’ils vous nomment spécifiquement, attaquez les pour diffamation, ou bien pour concurrence déloyale. Mais en aucun cas n’essayez de débattre sur un terrain d’égalité, vous risquez gros.

Montrez-vous sceptique vous aussi : usez de scepticisme contre certaines institutions (si possible celles qui dérangent votre discipline) : la communauté scientifique, le gouvernement, les entreprises. Faites intervenir votre communauté aussi, qui se montre tout aussi sceptique que vous. Puisque vous êtes un pseudo-scientifique, soyez aussi un pseudo-sceptique en ne doutant que de ce qui vous dérange !

Moi aussi, je peux douter du consensus scientifique, je l'ai lu sur internet !

Moi aussi, je peux douter du consensus scientifique, je l’ai lu sur internet !

Jouez la victime : si ça commence à sentir le roussi, que vous commencez à manquer d’argument, mais que vous ne souhaitez pas perdre la face, rappelez aux gens qu’il y a un acharnement contre vous, que l’on souhaite vous nuire, vous faire taire, que vous dérangez… Et que c’est donc que vous avez raison !

Faites profil bas : si la tension devient trop importante, que l’on vous somme d’apporter des réponses, que l’on vous invite à des débats, plutôt que de dire n’importe quoi, ne dites plus rien ! Laissez passer la tempête, faites le mort, on finira bien par vous oublier dans quelques semaines…

 

Laisser faire le temps

Voilà, votre pseudo-science est prête, des personnes y adhèrent, d’autres se font former, des institutions vous réclament… Vous êtes décrié par la communauté scientifique, mais peu de personnes l’écoutent…

Voici une petite infographie pense-bête à partager sur vos réseaux :

comment être un bon pseudo-scientifique

 

 

Certains sceptiques vous critiquent, par l’intermédiaire d’articles de blog ou de débunkages vidéo : c’est un risque qui peut aussi bien vous apporter une publicité bienvenue que des bâtons dans les roues. A vous de voir comment vous souhaitez réagir, vous avez dans cet article de nombreux conseils pour faire face à cela.

Et pour conclure, n’oubliez pas Albert Einstein qui disait : « L’imagination est plus importante que le savoir ». Merci Bébert.

 

En parlant de remerciements, merci à Irène, Olivier, Frédérique, Paul, Benjamin, Marc, Thomas et Robert pour leur participation et relecture. Si l’article vous déplaît, c’est en partie leur faute.

 

Sources (ne vous sentez pas obligé de les donner non plus) :

Bunge Mario, What is pseudoscience ?

Beyerstein Barry, Distinguishing science from pseudoscience

Caroll Robert T., Creating your own pseudoscience