Tests psychologiques, tests psychotechniques… Tous valables ?

Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux, deux tests de personnalité sont devenus populaires. Outre le coté ludique, toujours amusant, j’ai été étonné avec quel sérieux sont quelquefois pris les tests psychologiques… Il n’y a qu’à voir dans les magazines, qui y vont chacun de leur petit test, allant d’un sérieux « test de QI » jusqu’à un presque risible « êtes-vous un bon coup ? ». Je me devais donc d’expliquer ce qui fait un « bon test » d’un « mauvais test », en revenant sur ce qu’on appelle les tests psychologiques, qui comprennent, pelle-mêle, les tests psychotechniques, les tests de personnalité, etc… Quitte à me tirer une balle dans le pied, car vous n’êtes pas sans savoir que le site propose quelques tests psychologiques. J’ai donc fait quelques recherches pour savoir pourquoi nous aimons remplir ces questionnaires…

 

Tests psychologiques et effet Barnum

La raison de notre plaisir à faire des tests est évidente : en apprendre plus sur nous-même. Nous adorons parler de nous (ce n’est pas un mal, c’est ainsi), et qu’un test scientifique (ou non) nous donne des informations sur notre personnalité, ou sur une valeur chiffrée qui permette de nous comparer à la norme, forcément, ça attire. Même si ce qui est dit se révèle hasardeux et que nous nous montrons critiques : nous le faisons quand même, au cas où…

Vous l’aurez compris, cet article a pour but d’apporter une réflexion sur la validité de la plupart des tests psychologiques. Et je vais prendre en exemple l’un des derniers  tests que j’ai fait, et qui illustrer mon propos :

 

tests psychologiques

 

Ou bien encore :

tests psychologiques

Laissez-moi vous poser une question : est-ce que vous aussi, vous vous reconnaissez là dedans ?

Il y a de grandes chances que oui, car la plupart des analyses de ce test reste dans le général et l’approximation, répondant à ce principe appelé « Effet Barnum », principe que l’on retrouve dans beaucoup de charlatanisme, comme l’astrologie, la voyance, la numérologie… et quelquefois le non-verbal. L’effet Barnum, appelé aussi « l’effet Forer », est selon moi la technique la plus perverse que je connaisse en matière de manipulation. On reste tellement vague que l’on se sent concerné. Et si on se sent concerné, c’est que cela doit être vrai. Il y a des propos dans lesquels on ne se reconnait pas ? Juste quelques erreurs, ce n’est pas une science exacte non plus…

Ces tests sont souvent rédigés par des rédacteurs, des conseillers, des formateurs, qui les utilisent comme outils pour leurs propres prestations.

Quand on regarde d’ailleurs les questions types, on a d’ailleurs rarement le choix dans les réponses : généralement, ces questionnaires n’offrent pas plus de 3 possibilités. C’est un travers qui peut conduire à mettre l’humain dans une case, et à ne se résumer qu’en une suite chiffré. Me suis je reconnu dans les tests que j’ai fait ? Oui, bien sur, car un test de ce genre est toujours élogieux ! Et je me serais sûrement reconnu aussi dedans si les résultats avaient été différents.

 

Qu’est ce qui fait d’un test psychologique ou un test psychotechnique un questionnaire scientifique ?

Fort heureusement, les plus grands critiques de ce genre de tests sont les psychologues eux-mêmes. Quand on regarde qui est l’auteur des tests que l’on retrouve sur internet ou dans les magazines, ce sont rarement des psychologues ou des scientifiques. Par exemple, je ne publie des tests sur mon site qu’après avoir lu les articles scientifiques qui s’y rapportent. Et même en sachant cette validité, je précise TOUJOURS qu’il faut prendre ce test d’un point de vue ludique, car rien ne remplace un vrai test sous la direction d’un professionnel de la psychologie.

Donc comment reconnaître un vrai test ? Sans entrer dans les détails statistiques et scientifiques (ces tests étant souvent « testés et retestés »), on peut définir un bon test en trois grands facteurs :

 

  • Un test doit être discriminant

    Oui, vous avez bien lu, discriminant. Rappelons que ce mot, qui a maintenant une connotation péjorative, a un tout autre sens : il est synonyme de « distinction ». Un test doit pouvoir différencier les participants de manière précise et nuancée. Cela se reconnait généralement par un grand nombre de questions qui permet d’affiner un profil.

  • Un test doit être constant dans le temps

    Si vous faites un test à quelques jours, semaines ou mois d’intervalles, dans des conditions différentes, on doit retrouver les mêmes résultats. C’est d’ailleurs une méthode qu’utilisent les psychologues pour valider leurs tests psychotechniques.

  • Un test doit être pertinent

    Il doit répondre à une problématique, à une question donnée. Il doit mesurer réellement ce qu’il est censé mesurer.

 

Ces trois facteurs, vous pouvez les utiliser pour reconnaître la validité d’un test, en plus de votre bon sens. Par exemple, beaucoup de tests osent une question très générale sans proposer de réponses nuancées, comme « êtes-vous sociable ? ». A cette question, beaucoup d’entres nous auraient tendance à répondre « ça dépend ». Sauf que l’on vous propose que deux réponses possibles : oui ou non. Vous répondez alors quasi-systématiquement « oui »…

Les tests du coté des psychologues sont eux aussi en perpétuelle évolution : on ne prête plus autant d’attention à un test de QI, et le test de Rorschach a depuis longtemps été abandonné.

 

La meilleure technique pour reconnaître un vrai test psychologique…

… c’est qu’il est dispensé par un professionnel de la psychologie. Pas un site, ni un magazine (je vous l’avais dit que je me tirais une balle dans le pied). Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non, si on garde son esprit critique. En prenant du recul, ces tests sont souvent amusants, et nous amènent à réfléchir, pour les plus sérieux, sur certains principes qui nous gouvernent. Gardons toujours notre bon sens et notre raison, car la meilleure personne capable de nous connaître, c’est encore nous-même…

 

Sources :

S. Laberon, C. Lagabrielle, A.-M. Vonthron, Examen des pratiques d’évaluation en recrutement et en bilan de compétences, Psychologie du travail et des organisations 11 , 2005.

F. Bacher, Sur certains problèmes soulevés par l’utilisation des tests psychologiques, L’année psychologique vol. 82, n°2, 1982, p.439-455

H. Junier, Tests psychologiques : le retour en grâce, Le cercle psy, n°6, septembre-octobre-novembre 2012, p. 22-25

Suite à une licence en sciences humaines, je me suis intéressé à la communication non-verbale. C’est à la suite de quelques erreurs de parcours que j’ai pu voir à quel point la communication était peu vulgarisée et qu’il était facile de faire la promotion de pseudosciences dans les médias. Plutôt autodidacte, j’aime écrire, faire des vidéos et des conférences.
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