Psychologie de la colère : défense ou agression ?

De toute la palette de nos émotions, la colère est celle qui est souvent la plus dépréciée, la plus critiquée, mais aussi la plus incomprise. Comme chaque émotion, quand nous nous trouvons dans la difficulté de la gérer, nous aboutissons à ce choix binaire : la laisser exploser, ou bien ne rien laisser paraître. Deux attitudes pouvant se montrer contre-productives si l’on souhaite garder son cercle social, familial ou professionnel.

Nous allons donc chercher à comprendre comment fonctionne le mécanisme de la colère, et surtout, à quoi cette émotion peut bien servir ?

 

L’origine de la colère

A quoi sert la colère ? Comme toutes les émotions primaires, elles ont une utilité. Elles nous permettent de survivre, de prendre les bonnes décisions, d’apprendre de nos erreurs… Là où un être sans émotions serait au contraire bien moins performant.

La colère ne déroge pas à la règle dans son utilité à la survie : elle était présente pour préparer le corps à la bataille. Se mettre en colère, c’est demander au corps d’être plus fort pour se défendre.

Aujourd’hui, nous ne nous défendons plus contre des prédateurs ou contre des envahisseurs, pourtant, nous continuons, plus ou moins facilement, à montrer cette émotion. Pourquoi ?

Transposons simplement de façon psychologique l’origine de la colère : c’est une réaction de défense. Quelle est la réponse appropriée quand on se sent insulté, pas respecté ou que l’on est victime d’une injustice ? L’envie de se défendre… et donc de laisser aller notre colère.

Comme nous allons le voir, la colère, comme toute les émotions, peut être une excellente conseillère quand on sait l’écouter… Mais aussi notre pire ennemie quand on ne sait les exprimer.

 

Biologie de la colère

Les stoïciens grecs pensaient que les émotions, appelées alors « passions », étaient néfastes et devaient être contrôlées. On pensait d’ailleurs que la colère était causée par l’échauffement de la bile, d’où son étymologie (colère descend du grec kholê, qui veut dire bile).

cerveau colèreCette théorie étant obsolète depuis bien longtemps, on sait maintenant que le circuit émotionnel fait intervenir des zones du cerveau comme l’amygdale, le cortex préfrontal, le noyau accumbens…

On peut rajouter, dans le cas de la colère, l’intervention de l’hippocampe, du néocortex temporal, le pôle temporal, le thalamus, le complexe temporopariétal, le cortex insulaire antérieur…

Comme expliqué dans l’article sur la psychologie de la peur, Joseph Ledoux a mis en évidence que l’amygdale pouvait s’activer de deux manières différentes : par la « voie courte » ou par la « voie longue ».

 

modèle de ledoux

Modèle de Ledoux, extrait de « Les compétences émotionnelles » de M. Mikolajczak,

Dans la voie courte, le thalamus sensoriel active directement l’amygdale pour qu’elle envoie un signal d’alerte dans tout le corps (par exemple, dans le cas de la vision d’une forme de serpent, on ressent très vite de la peur pour nous préparer à fuir… ou à combattre).

Dans la voie longue, le thalamus sensoriel envoie l’information au cortex sensoriel qui « décidera » ou non d’activer l’amygdale (dans le cas de notre serpent, on peut se rendre compte qu’en fait, ce n’était qu’une branche morte, et qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter).

Ces deux voies ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients : la première est rapide dans son exécution mais plutôt imprécise (on ne réagit que par réflexe), et la seconde est plus longue, mais sensible aux détails (on prends le temps d’analyser la situation). D’où l’expression de ne pas se laisser, de prime abord, emporter par ses émotions.

 

Expression corporelle de la colère

Quand nous sommes en situation de colère, le cerveau va envoyer des signaux au corps pour l’aider à se préparer au combat. Le système limbique « prévient » l’hypothalamus, qui stimule à son tour l’hypophyse, qui agira quant à lui sur le système endocrinien. Le corps se prépare alors à l’attaque, des hormones de stress sont sécrétées, comme l’adrénaline, la noradrénaline, la dopamine, la testostérone…

Les poils se hérissent, les battements cardiaques s’accélèrent, le flux sanguin est envoyé vers les organes vitaux, les réserves d’énergies sont mobilisées…

colère ekmanD’un point de vue non-verbal, les sourcils se plissent grâce au muscle corrugateur, on observe une des lignes verticales entre les sourcils. La bouche se ferme et les lèvres se serrent, laissant apparaître ce que l’on appelle les « lèvres blanches » (la bouche crispée fait partir le sang des lèvres et donne une couleur plus claire), ou bien au contraire, la bouche laisse apparaître les dents, notamment celles de la mâchoire supérieure. Les poings se serrent, les muscles se tendent.

Pourquoi de telles manifestations corporelles ? On pense que le froncement de sourcils permet de réduire l’ouverture des yeux et de les protéger en cas de combat. L’autre utilité est visible dans le règne animal : montrer son agressivité. Il n’est pas rare d’observer des animaux être particulièrement expressif : sans pour autant se montrer particulièrement violent, on signifie à l’autre « attention, je suis prêt à en découdre ».

Voir de la colère, c’est le signal pour dire que tout ne va pas bien dans la relation et inciter au changement.

 

La colère, quelle utilité ?

La colère est donc un réflexe de survie qui n’aboutit pas toujours à la violence, mais qui montre son agressivité. Quelle utilité alors dans notre société où l’agressivité n’est pas la bienvenue ?
Tout d’abord, elle est utile socialement : elle prévient l’interlocuteur qu’une limite a été dépassée, que l’on ne se sent pas respecté.

Elle appelle à la conciliation, au changement, à la remise en cause. Quand on détecte à temps la colère, on peut émettre des signes d’apaisements : voix douce, humilité, posture amicale, questionnement sur les raisons de la colère…

Cependant, attention : la colère ne doit pas être travestie dans son expression, sous peine d’y voir un effet contre-productif (comme par exemple sous le couvert du cynisme ou de l’ironie).

 

Culture de la colère

Les Utkas, un peuple Inuit, n’ont pas de mots pour qualifier la colère. Ils ne l’expriment pas, et apparemment, ne la ressentent pas.

utkas colèreJean Gibbs, une anthropologue américaine, en a d’ailleurs fait les frais : alors qu’elle était témoin d’une injustice flagrante (des touristes ayant endommagé par mégarde un canoë appartenant aux Utkas eurent l’audace d’en demander un autre de remplacement, sans se soucier de la nécessité pour la tribu de posséder ces bateaux pour leur survie), elle exprima sa colère face à des touristes impolis.

Les Utkas, témoins eux aussi de cette ire, ne comprirent pas cette réaction. Pire, ils demandèrent à Gibbs de quitter le groupe car ils jugeaient sa réaction bizarre, instable et inappropriée.

On peut y voir une faculté d’adaptation : dans un environnement très rude, où le besoin de se défendre est plus contre les éléments que contre les prédateurs, la colère peut sembler dangereuse pour un groupe. L’expression d’une telle émotion, avec la finalité de violences, peut signer la scission d’un groupe, et par la même occasion la réduction de leur chance de survie.

Ce peuple n’est pas le seul à ne pas avoir de mots pour certaines émotions : le Tahitien n’a pas de terme pour « tristesse » par exemple, alors que l’ifaluk (peuple de Micronésie) possède un terme qui recouvre colère et tristesse.

C’est un constat qu’a fait le psychologue James A. Russel : toutes les langues et les cultures ne possèdent pas le même champs lexical émotionnel. Là où nous français, possédons plusieurs centaines de nuances sur des termes émotionnels (terreur, crainte, fureur, amusement, etc…), certains peuples n’en affichent pas plus de dix.

De même, certains peuples possèdent des termes émotionnels dont nous ignorons le sens (comme par exemple le terme iklas issu du javanais, et qui traduit une forme de frustration plaisante.).

Il convient donc de garder en tête que la culture, et surtout la culture de l’émotion a un impact sur l’expression de cette dernière. Un exemple parlant : au Japon, les mères évitent à tout prix d’exprimer de la colère en face de leurs enfants, afin de leur faire comprendre que cette émotion doit être intériorisée et dissimulée.

 

Comment gérer la colère ?

La colère peut s’avérer une excellente conseillère… Quand on sait l’écouter et la maîtriser.
Je vous propose 3 façons de gérer la colère chez vous ou votre entourage.

 

1 Comme chacune de nos émotions, la colère est présente pour nous aider à apprendre, réagir, prendre la bonne décision. Quand nous sommes en colère, posons nous d’abord la question : pourquoi ? Est-ce une situation qui est vraiment propice à cette émotion ? Suis-je vraiment objectif sur les raisons de ma fureur?

Il faut aussi prendre conscience qu’une colère peut-être saine : la masquer sous une attitude condescendante ou cynique n’aidera en rien. De la même manière, l’exprimer de manière trop violence sera aussi contre-productif. Pas besoin de hurler, il suffit de montrer sa conviction et de verbaliser l’émotion.

Une bonne méthode pour exprimer son émotion tout en restant productif reste la méthode DESC.

 

2 Quand vous observez de la colère chez autrui, ne soyez pas trop rapide en jugement : la personne cherche peut-être à exprimer elle aussi ses limites, et ne demande qu’à être entendu.

Il faudra alors ne pas utiliser la colère contre la colère : on sait ce que cela donne dans le règne animal (violence qui conduit à un vainqueur et un vaincu). Il ne faudra pas pour autant vous soumettre, mais faire preuve d’écoute, tout en définissant vos limites. Ni paillasson, ni hérisson, se montrer assertif montre d’excellents résultats. Intéressez-vous à la personne, ne la jugez pas, mais n’allez pas forcément dans son sens si vous êtes en désaccord avec elle.

Sa colère disparaitra peu à peu.

 

3 Et si vous vous sentez surpassé par la colère ? Qu’il vous semble impossible de vous calmer ?

Allongez-vous !

Une étude de l’université du Texas a en effet montré que la position allongée ne stimulait pas la zone du cerveau responsable de la colère. Une preuve de plus que pour ressentir une émotion, il faut être capable non seulement de la nommer, mais aussi de pouvoir l’exprimer.

 

Exercice :
La prochaine fois que vous identifierez de la colère chez vous, je vous propose ce petit exercice concret.

Il s’agit de verbaliser votre émotion tout en essayant de faire comprendre à votre interlocuteur que vous le respecter, mais que vous demandez la même chose en retour.

Pour ce faire, vous ne devrez pas être dans le jugement, mais énoncer des faits.

Vous ne devrez pas accuser, mais rester ferme sur ce que vous avez pu ressentir.

Vous éviterez d’utiliser le « tu » ou le « vous », mais plutôt le « je ».

 

Exemple : plutôt que de dire « Tu n’as aucun respect pour les choses que l’on te confie » vous auriez pu dire « Je te faisais confiance pour prendre soin de ce que je t’avais confié. Je suis en colère car je ne me sens pas respecté ». Le premier cas est un pur jugement, la seconde phrase n’est que la description d’un fait et de votre émotion.

 

A vous de jouer ! Tentez vous aussi de maîtriser la colère, et donnez votre expérience dans les commentaires !

 

Sources :
Hülshoff T., Les raisons de la colère, in Cerveau & Psycho n°1, p.24-28
Harmon-Jones E., Peterson C.K., Supine body position reduces neural responses to anger evocation, Psychological Science, vol. 20, p 1209, 2009

Suite à une licence en sciences humaines, je me suis intéressé à la communication non-verbale. C’est à la suite de quelques erreurs de parcours que j’ai pu voir à quel point la communication était peu vulgarisée et qu’il était facile de faire la promotion de pseudosciences dans les médias. Plutôt autodidacte, j’aime écrire, faire des vidéos et des conférences.
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8 réponses
  1. SergeDePuissantsContacts
    SergeDePuissantsContacts dit :

    Pour ma part, la colère non maitriser ça me défoule, mais ça n’avance pas ce qui est en cause. Le climat généré ne s’y prête pas. Ça crée de la distance.
    Contenu, elle ne sers à rien et m’empoisonne par l’intérieur.
    Maitrisé, elle me sert d’énergie pour résoudre la difficulté en cause. Ça me demande un petit effort de détente et de concentration, mais les résultats sont d’un tout autre ordre.
    Mes amitiés Xavier.

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  2. bouchaib
    bouchaib dit :

    Je vous remercie de votre explication je trouve cette documentation très fort la définition la colère c’est l’état ressenti après l’analyse l’interprétation qui va stimuler le mâle ressenti qui vas devenir le jugement le jugement se mesure avec les valeurs les valeurs se mesure avec les repère de l’altitude stimuler par le système sociologique religieuse familial éducatif la colère se différencié par apports au milieu existant la différence entre la colère est l’émotion la colère c’est un ressentie etat négatif au positive mais l’émotion c’est un indicateurs qui se fixe sur toutes genre d’émotion la colère cherche a completel’intégration à compléter l’identité suite a des facteurs qui en perturbé le psychisme qui en conduite la conscience a se protéger est a maître des limites de respect suit a des injustices des injustices qui résulte des frustrations la frustration la conscience cherche le perfectionnisme pour se justifier ainsi ala bonté aussi l’adaptation l’empathie le réconforte courage le contrôle de soi aussi le distance impulsivité de la colère sa parvienne de interprétation intuitive elle est automatique subconscient c lego

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  3. Joelle
    Joelle dit :

    Bonjour Xavier. Votre article est interessant neanmoins
    J’ai participé à une formation professionnelle sur les émotions il a quelques annees, il m’a semble que c’etait un sujet très exploité par les formateurs pour des personnels confrontés à des patients .
    J’y ai appris effectivement qu’il fallait utilisé le « Je » au lieu du « tu » . Mes amis aussi faisaient ce genre de formation . Franchement ca m’a mise « en colere  » que tout le monde  » reformulait leurs propos . Cela manquait tellement de naturel !! , j’ai continue a utilise le « tu » de facon naturelle dans ma communication avec autrui.
    Oui c’est plus aggressif mais cela fait du bien plutot que de tourner autour du pot.
    D’ailleurs le « je  » a ete oublie maintenant….

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