L’expertise en non-verbal : la pseudo-science invitée dans les médias

Je n’ai pas pour habitude de diffuser mes opinions via les lignes de ce blog, j’ai toujours tendance à montrer une grande prudence sur ce que je publie et ce que je partage. Pour justement des raisons que je vais expliquer plus bas. Je tiens juste à prévenir le lecteur que même si ce n’est que mon opinion, il fait part d’une certaine colère, lassitude et inquiétude sur comment est diffusée l’information et ce que l’on fait passer pour science par l’intermédiaire des médias.

Il y a quelques jours était diffusée l’émission de radio « On est fait pour s’entendre » sur RTL, animée par Flavie Flament, sur le thème de la communication non-verbale. En invité, pas de scientifique, mais deux « experts », Stephen Bunard et Valentin Becmeur, ayant chacun un livre à nous présenter et des bons conseils sur la vie quotidienne. Il se trouve que je connais personnellement les deux invités, et que je vais bien entendu m’évertuer à ne pas attaquer les personnes, mais les idées. C’est comme cela que l’on avance et que l’on débat, et n’en déplaise à certains, c’est ainsi que l’on peut critiquer sans tomber dans le manichéisme « si tu n’es pas d’accord avec moi, tu es donc méchant ».

Comme je le disais, chacun de ces deux invités a écrit son livre sur le non-verbal. L’un est synergologue, l’autre coach en éloquence. C’est pour cela qu’ils étaient invités dans l’émission de RTL : faire leur promotion, et faire une émission légère et bon enfant. Sauf que.

Si vous avez l’occasion d’écouter le podcast de l’émission, vous pouvez voir que la situation est tendue et qu’elle fait mentir le nom de l’émission. L’un des invités fait une affirmation extraordinaire sur un sujet lié au non-verbal. L’autre le reprend, dit que c’est faux, en citant des recherches. Et la présentatrice, au lieu de chercher la vérité, va plutôt essayer de faire s’énerver le détracteur. Autant vous dire qu’en écoutant l’émission, je bouillonnais intérieurement, et ce n’est pas la première fois : ce genre d’attitude commence à être malheureusement une habitude (et l’émission est apparemment un rendez-vous récurrent de beaucoup de pseudosciences).

Représentation de mon attitude en écoutant l'émission

Représentation de mon attitude en écoutant l’émission par Bunker D et Acermendax

Je ne cherche pas à défendre ou descendre l’un des invités, étant en désaccord avec les deux livres, mais ce passage radio est assez symptomatique de la confusion entretenue entre science et pseudoscience dans les médias. Cette émission a été le prétexte pour l’écriture de cet article qui, j’espère, vous permettra de mieux comprendre comment la vulgarisation des sciences du non-verbal par les médias est un échec relatif.

La vulgarisation de la communication non-verbale

Une chose qu’il faut que vous sachiez, si vous connaissez en surface le monde du non-verbal, c’est qu’il est très mal vulgarisé (en tout cas, dans le monde francophone. Pour être totalement clair et honnête, je vais m’appliquer à ne parler que des publications en langue française). Je pense pouvoir dire, sans trop me tromper, que 95% des livres sur le non-verbal que vous trouverez en tête de gondole de n’importe quelle librairie seront remplis de ce qu’on appelle plus communément du « bullshit ». Comprenez par là que beaucoup de livres sont remplis d’inexactitudes, d’erreurs, d’affirmations extraordinaires voire de techniques promettant monts et merveilles. J’appelle cela le « syndrome de la pilule miracle » : un titre accrocheur, promettant de faire de vous des détecteurs de mensonges ou d’émotions sur pattes. Il n’y a aucune honte d’y croire : j’y ai cru, et je suis entré dans le non-verbal par cette porte.

bullshit

Cependant, il est important de savoir garder son esprit critique et sa rationalité aux aguets, car il est très facile de dire n’importe quoi sur la communication non-verbale : il n’y a pas grand monde qui vous contredira.

Pour le lecteur lambda, qui souhaite s’intéresser au sujet, ce n’est pas simple de trouver des sources fiables. Tenez, ouvrez une page Amazon, et tapez « langage corporel », et voyez les résultats. Sur la première page, il n’y a qu’un livre écrit par un chercheur et étant fiable. Si vous tapez « communication non-verbale », le résultat est un peu mieux : c’est cinq livres écrits par des acteurs du monde universitaire.

Sur google, ce n’est pas forcément mieux : en tapant « langage corporel » sur le moteur de recherche, aucun lien vers une source académique. Pour « communication non-verbale », deux liens faisant état de sources scientifiques.

Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’au niveau de la recherche, la communication non-verbale est un sujet très prolifique : c’est plus de 5000 publications scientifiques sur le sujet. Il y a de quoi lire pour des années, et moi-même, je ne fais qu’effleurer le sujet (malheureusement, une grande partie des publications sont en anglais). Il existe de nombreux chercheurs, et même en France, quelques-uns produisent des articles, des expériences voire même des livres de qualité (Jacques Cosnier, Anna Tcherkassof, Hugues Delmas, pour ne citer que quelques exemples). Le non-verbal est discuté en psychologie, en éthologie, en linguistique, en sciences des communications et est étudié grâce à l’approche scientifique.

Mais ce n’est pas des scientifiques que l’on invite dans les émissions, mais des « experts ».

L’expertise : argument marketing et non qualitatif

J’ai du mal à considérer que l’on devienne expert d’un sujet au bout de 200h de formation ou bien avec un week-end d’atelier. Un ami me dit un jour « c’est marketing, il faut que tu te nommes ainsi si tu veux faire du chiffre ». Déjà, on annonce la couleur : on obtient ce titre par notre propre initiative, on décide de nous même de nous considérer comme « expert ». Une belle démonstration d’un futur argument d’autorité, pratique qui consiste à se référer à une autorité pour se donner de la valeur (comme dans ces publicités où l’on vous dit qu’une star X ou Y utilise avec satisfaction ce produit). Ici, l’argument de l’expert est valide parce que… c’est un expert, et puis c’est tout.

expert

Comment pourrait-on définir un expert ? Je suis plutôt d’accord avec ces 5 points, que j’ai trouvé dans un article de Yvonne Raley :

  • Impartialité

    Un expert potentiel ne doit pas tirer profit des conseils ou des services qu’il procure.

  • Diplôme

    L’expert possède un diplôme dans la spécialité concernée, obtenu dans une université ou une institution reconnue. Méfiez-vous des faux diplômes délivrés par les usines à diplômes.

  • Expérience

    L’expert a une grande expérience dans son domaine d’expertise.

  • Affiliation

    La réputation professionnelle de l’expert doit être réelle et actuelle. Vérifier ses liens avec les hôpitaux, les universités ou les organismes de recherche.

  • Publications

    La plupart des experts – mais pas tous – publient des articles de recherches académiques. Ceux publiés dans des revues à comité de lecture prouvent que la personne à laquelle vous vous adressez est bien une spécialiste.

Je rajouterai un 6ème point : la reconnaissance. Si vous êtes reconnu par vos pairs comme un expert en votre domaine, autrement que par le copinage ou la recherche de publicité.

Mais si l’on souhaite être plus rigoureux sur cette définition, on peut regarder au niveau des « Daubert’s Rules » (la « norme Daubert »). Voici une infographie, que vous pouvez télécharger et partager sur vos réseaux :

La norme Daubert

Du coup, qui peut se définir comme un expert ? Je ne suis pas sur que la plupart de ceux qui se sont nommés d’eux-mêmes comme tel répondent à ces critères.

Équité et esprit critique dans les médias

Dans l’émission, qui comme vous l’aurez compris, me sert d’exemple, un élément (parmi tant d’autres) saute aux yeux, à savoir l’absence d’éthique journalistique.

Je pointerai deux paragraphes de la Charte Professionnelle des Journalistes qui me semblent intéressants :

C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom :

Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles

Exerce la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent

J’ai été assez choqué de voir que, durant l’émission, les arguments scientifiques et éthiques, donnés par l’un des invités, étaient balayés d’un revers de la main par la présentatrice.

« C’est très dangereux, il y a au Canada des avocats qui sont formés à la synergologie et qui…

– Pourquoi c’est dangereux, on est dans une émission de radio… »

Plusieurs fois, l’invité met en garde sur le danger des fausses croyances sur le non-verbal… sans succès : la présentatrice se moque et préfère la recette miracle synergologique.

Cette critique que je fais des médias pourrait être générale quand on voit par exemple certains articles de quotidiens nationaux. Pour les sérivores, la série « The Newsroom » avec Jeff Daniel, nous montre une équipe de journalistes cherchant à faire de l’information dans un contexte médiatique où ce qui compte est de faire de l’audience au détriment de la vérité.

newsroom

Il ne faut pas s’étonner de la défiance envers les médias ou envers les sciences quand les médias eux-mêmes ne font pas leur travail consciencieusement. Malgré tout, il reste des articles dans certaines revues qui font d’excellentes enquêtes (je vais en parler plus bas), mais il n’y a souvent pas photo entre un article vendant une pseudoscience et un autre faisant un « débunkage » : le premier remporte souvent l’adhésion au nombre de clics.  Je vous renvoie sur cet article de Vincent Glad sur le Fact-checking (merci à Rémi pour le lien !) et celui de François Geuze sur le Fact-checking dans les métiers des RH.

Pourtant, il n’aurait pas fallu énormément de recherches pour trouver les publications de Pascal Lardellier ou bien de Vincent Denault, Serge Larivée, Dany Plouffe et Pierrick Plusquellec qui parle de la Synergologie comme étant une pseudoscience, et plus grave, comme étant une pseudoscience potentiellement dangereuse.

Pourquoi dangereuse ? Telle est la question que l’on devrait se poser.

Diffusion des idées pseudoscientifiques

Il faut savoir que certaines disciplines traitant du non-verbal sont utilisées dans certains corps de métier. En France, quand on parle non-verbal, on cite généralement 3 disciplines : la Synergologie, la Programmation Neuro-Gestuelle – PNG (de feu Joseph Messinger, auteur très prolifique avec ses « dictionnaires des gestes »), et la Programmation Neuro-Linguistique – PNL (qui est plus une pseudoscience de la communication, pas forcément du non-verbal, mais dont les affirmations sur la signification de certains items sont assez connus et encore répandus pour que j’en parle ici).

Aucune de ces trois disciplines n’a passé l’épreuve de la science pour vérifier leur validité. Soit elles ont carrément refusé de passer par les protocoles de recherches (tout en se disant une discipline scientifique), soit elles font l’objet de plusieurs articles réfutant leurs théories et quelquefois s’inquiétant de leur responsabilité dans certains corps de métiers, soit… elles ne cherchent pas à se définir comme une science. Mais néanmoins, elles ne sont pas avares en affirmations extraordinaires.

En effet, il faut savoir qu’en francophonie, il n’est pas rare de voir politiciens, policiers, avocats, juges, recruteurs formés à l’une ou plusieurs de ces disciplines. Nous avons par exemple des policiers dont on a annoncé la formation à la Synergologie en 2012, ou suivant une journée d’initiation. À préciser toutefois que ce sont les policiers qui, à titre privé, décident ou non de se former à la Synergologie. Au Québec, c’était avocats et juges qui se faisait ainsi former (ce n’est plus le cas aujourd’hui).

La PNL a été créé en premier lieu dans une optique de psychothérapie, avant de toucher le monde de la formation et de l’entreprise. Elle est l’objet de nombreuses critiques sur sa fiabilité et montre certains caractères pseudoscientifiques. Aujourd’hui, ce sont des thérapeutes, des DRH et des coachs qui se font souvent former à cette discipline.

La PNG se montre quant à elle plus modeste, en proposant des formations à but de développement personnel, mais avec pour cœur de cible « coachs, formateurs, DRH, instits, éducateurs, professionnels de la santé« . Malgré tout, cela reste le public visé de ces trois disciplines.

Qu’ont ces corps de métiers en commun ?

responsabilités

Des responsabilités. Et pas n’importe lesquelles, des responsabilités qui impliquent des vies humaines. Imaginez qu’au cours d’un recrutement, vous ayez un mouvement qui, dans un dictionnaire des gestes acheté en tête de gondole de la FNAC, signifie que vous n’êtes pas digne de confiance : adieu l’emploi, bonjour le délit de sale geste. Alors que vous vous êtes juste gratté le nez.

De même, au cours d’un entretien face à un policier formé à l’une de ces techniques (car certaines de ces disciplines expliquent qu’elles vous permettent de détecter le mensonge) observe un geste qui, selon sa formation, est un signe de mensonge. Vous voyez où je veux en venir ?

Des disciplines supposées scientifiques

pngÀ noter que je ne parlerai que de PNL et de la Synergologie, la PNG ne s’étant pas, à mon sens, revendiquée comme issue de la science. Néanmoins, elle n’est pas étrangère, de par la popularité de ses livres, à la diffusion de croyances infondées sur la communication non-verbale en donnant des significations à des gestes qui n’en ont encore montrés aucune malgré des protocoles expérimentaux. Il n’y a d’ailleurs aucune publication scientifique si l’on regarde sur Google Scholar, à part deux livres, dont un parlant de « Biotypologie », approche faisant « partie intégrante des sciences humaines d’observation, comme la caractérologie, la graphologie, la morphopsychologie, la PNG et la psychologie en général ». Quelques disciplines qui, ai-je besoin de le rappeler, sont très critiquables sur leurs prétentions scientifiques.

Bref, ne tentons pas de critiquer la PNG sur des prétentions scientifiques qu’elle ne réclame pas, mais gardons en tête qu’elle est au niveau francophone très certainement en tête des ventes de livres dans le domaine du non-verbal avec plus de 25 ouvrages publiés par Joseph Messinger depuis les années 90 (aucun auteur francophone de cette spécialité ne peut se vanter de cela), au risque de tomber dans l’argument d’autorité « si ça se vend autant, c’est que c’est bien ».

C’est une autre histoire pour la Synergologie et la PNL, qui à un moment de leur histoire, jouent ou ont joué la carte de la science.

Si ces disciplines sont aussi formidables, elles n’auront aucun problème à passer les expériences et les protocoles mis en place par des scientifiques. Or, elles sont loin de faire consensus.

Prenons la PNL. De prime abord, elle fait référence à des postulats maintenant dépassés (cerveaux triuniques, latéralisation, règle des 55-38-7) et se réfère quelquefois à outrance à l’école de Palo Alto. En France, des spécialistes, comme Yves Winkin se sont interrogés sur la pertinence, la validité et l’éventuel danger d’une telle discipline, alors qu’aux États-Unis, il a été prouvé que c’est une erreur de croire à une signification dans la direction du regard. Même si l’objectif premier de la PNL est thérapeutique et vise à de meilleures relations, des questions éthiques se posent dans l’utilisation d’une forme de manipulation (comme par exemple le fait de chercher la synchronisation avec son interlocuteur). Mais sommes toute, l’apport de la PNL au non-verbal reste très minime et demanderait plutôt une critique sur son apport et son influence, positive ou non, dans le domaine de la communication.

La Synergologie, quant à elle, se revendique comme une discipline scientifique. Ce n’est pas la première fois que l’on voit des tentatives d’explications ou de significations pseudoscientifiques de nos gestes. Par exemple, un psychanalyste du nom de Sandor S. Feldman publia en 1959 le livre « Mannerism of speech and gestures in everyday life » prétendant que tout mouvement a une signification psychanalytique, comme par exemple que le clignement des yeux chez l’enfant, représente le désir de dissimuler la masturbation, et chez la femme, de découvrir ses organes génitaux. La Synergologie ne va heureusement pas jusque là, mais elle affirme voir beaucoup de choses.

Crevons l’abcès maintenant : j’ai été synergologue, j’avais été attiré par cette discipline juste pour sa prétention scientifique. Or, la réalité est tout autre, et c’est en commençant à m’intéresser à l’épistémologie (ce qui fait qu’une science est une science) et aux publications sur le non-verbal que j’ai commencé à douter. Les comportements des synergologues face à leurs détracteurs m’ont aussi grandement aidé à la quitter, et je vais en montrer un exemple.

Il y a quelques mois, paraissaient plusieurs articles traitant de la Synergologie, issue d’une enquête du journaliste Patrick Lagacé. Ce dernier, souhaitant vérifier les affirmations des synergologues, interrogea… des scientifiques. Ce que ferait tout bon journaliste, en somme. Les articles se montrent très critiques et s’interrogent sur l’implication de la discipline dans la formation de juges, d’avocats, de policiers… La réponse des synergologues : La Presse, le journal où officie Patrick Lagacé, reçoit une mise en demeure. Dans cette mise en demeure était spécifié que le journaliste ne faisait pas un portrait fidèle de la Synergologie car il manquait dans ses articles les références scientifiques où la discipline est citée (avec la liste des dites références).

synergo

Extrait de l’article de Dany Plouffe (cliquez pour agrandir)

Sauf que… Quand on regarde de plus près ces références, on se rend compte qu’aucune n’apporte de poids ou de valeurs aux arguments de la Synergologie. Pis : certaines même en font une critique assez rude. On remerciera les représentant de la Synergologie d’avoir l’honnêteté de fournir leurs références, mais ont-ils conscience que si l’on prend le temps de les lire, cela les dessert ? Si vous êtes intéressés pour connaître les détails de ces références, je vous invite à lire l’excellent article de Dany Plouffe sur la question.

Depuis, et suite à un autre article s’interrogeant sur la scientificité de la Synergologie, la formation de cette discipline a été retirée du catalogue du Barreau du Québec. Nul besoin de préciser que cette mise en demeure, allègrement partagée sur les réseaux par les synergologues et ses partisans, n’eut aucune suite.

Si la discipline était scientifique, et si ses représentants se montraient adeptes de la méthode, il n’y aurait pas ces questionnements, mais aussi, il y aurait une remise en cause de la pratique en elle-même. Principe de toute méthode scientifique de confronter une théorie à la critique pour justement la rendre la plus solide possible ou bien, si la théorie se révèle fausse, de l’abandonner.

Certaines synergologues utilisent, par exemple, l’argument que la discipline est jeune et peut se tromper. Je suis totalement d’accord avec cet argument, je l’utilisais moi-même. Cependant, si une discipline a conscience de ce genre de faiblesse, elle devrait, dans son éthique, refuser, jusqu’à ce qu’elle prouve rigoureusement et méthodologiquement ses affirmations, de donner des formations de personnels à responsabilités.

De plus, si la méthode est si fiable et si rodée, il ne devrait y avoir aucun problème à subir des protocoles scientifiques. Car si la Synergologie utilise ses propres critères pour définir sa fiabilité, il est difficile pour une personne n’ayant aucune conscience de l’épistémologie de douter des termes scientifiques utilisés. Certains synergologues se montrent impatients d’être mis à l’épreuve, des chercheurs ont proposé de les tester : pourtant, toujours rien.

Enfin, si chaque réponse à une critique envers la Synergologie se traduit par des attaques ad hominem (dont je ne parlerai pas ici), procès d’intention, voir menace de procès, cela montre une intention claire de censurer le débat. Plusieurs fois, j’ai moi-même tenté d’initier la discussion avec mes « anciens collègues », pour que l’on me réponde « je ne peux discuter des fondements scientifiques, ce n’est pas mon domaine ». Or, dans ce cas, pourquoi porter l’étiquette « expert » si il y a une incapacité de remettre en cause une connaissance nouvellement acquise ?

Il est à rappeler qu’une formation de Synergologie, c’est 5 séances de deux jours par an, sur 3 ans. Donc 15 séances, ce qui nous donne une formation de 240h selon le site de la Synergologie. En moyenne, pour une première année de licence de psychologie, on atteint environ 400h de cours, et on est encore bien loin de pouvoir s’appeler expert.

Ces disciplines ne cherchent pas à s’imposer par la science et la connaissance, mais par l’information et les médias. Ce qu’elles réussissent, je leur accorde, avec grand brio, quelquefois de manière volontaire, d’autres fois avec une certaine complicité des médias gourmands d’experts en tout genre. Si vous regardez les articles de presse sur les sujets concernant le non-verbal, vous trouverez le plus souvent ces coachs et formateurs. Beaucoup plus rarement les acteurs de la recherche (pourtant bien présents en France, comme j’ai pu les mentionner auparavant).

La mauvaise presse de l’esprit critique

Quand on se montre sceptique face à des affirmations extraordinaires, on est sans cesse ramené soit à notre manque d’ouverture d’esprit, soit à notre volonté de moraliser ou de critiquer.

Pour l’ouverture d’esprit, je vous renvoie à cette vidéo de Christophe Michel qui montre parfaitement ce que j’en pense.

En ce qui concerne la morale et la critique, j’aurai plus de choses à en dire.

Je dirai que ce n’est absolument pas le rôle d’un scientifique ou d’un sceptique de donner des leçons de morale, qui est propre à tout à chacun (et dont personnellement, je me fiche), mais plutôt de rappeler les notions d’éthiques. Ici, le problème était de ne pas laisser de fausses croyances se répandre.

Pour la critique, ce n’est pas forcément le faire à chaque fois en pensant à mal. J’ai pratiqué moi-même pendant un temps l’une de ces 3 disciplines, pensant que c’était de la science qui n’était juste pas comprise. Je me suis questionné, remis en question, et bien entendu, critiqué pour amener à une évolution. L’objectif était positif, amener au débat et à la réflexion. Ce n’est apparemment plus vraiment possible dans les médias, tellement il y a besoin de montrer un avis consensuel.

Mesdames et messieurs adeptes de ces fausses croyances dans le non-verbal, ce n’est pas être votre ennemi que de vous critiquer, c’est avoir à cœur la recherche de la vérité. Comment pouvez-vous être en désaccord avec cela ?

Sources :

RALEY Yvonne, Le bon expert dans Cerveau & Psycho n°26, mars-avril 2008, p. 21-23

Gurus, influenceurs,spécialistes : quand la rhétorique fait l’expert, par Nicolas Vanderbiest

Suite à une licence en sciences humaines, je me suis intéressé à la communication non-verbale. C’est à la suite de quelques erreurs de parcours que j’ai pu voir à quel point la communication était peu vulgarisée et qu’il était facile de faire la promotion de pseudosciences dans les médias. Plutôt autodidacte, j’aime écrire, faire des vidéos et des conférences.
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5 réponses
  1. Rémi Rivas
    Rémi Rivas dit :

    Un article profond, documenté et qui fait du bien à l’heure du « tout bullshit » en masse sur les réseaux sociaux, même les plus professionnels qui soient.
    Bravo et bonne continuation 🙂
    R

    Répondre
  2. Serge
    Serge dit :

    Salut Xavier
    Je viens justement d’écouter une émission radiodiffusée sur la première chaine de radio-canada à propos du langage non-verbal. Ce que j’en retiens c’est que la science du langage non verbal existe bel et bien et elle remonte à Darwin. Les références scientifiques existent aussi et sont nombreuses. Mais que, lors d’une recherche sur internet, malheureusement ce qu’on y trouve en premier est la liste des « bullshitters » de première classe. Pas facile pour les amateurs de s’y retrouver. Comment donc différencier les sources crédibles des informations douteuses ?

    Répondre
    • Cygne blanc
      Cygne blanc dit :

      Je vous propose de discréditer tout simplement les bullshiters qui se rendent eux-mêmes coupables de ce dont ils accusent les autres.
      En passant, la rumeur cours selon laquelle il y a actuellement une course pour être les pionniers en science dans le domaine du langage corporel, et que tout ce bullshitage aurait pour but d’écarter Philippe Turchet de cet folle ambition.

      Répondre
      • Xavier Ristat
        Xavier Ristat dit :

        Bonjour Cygne Blanc (je sens bien le pseudo ironique. Synergologue peut-être ? Bienvenue !)
        Alors la rumeur… Si on fait de la science sur de la rumeur, c’est pas de la science hein ! De plus, il n’y a aucune course en science. S’il y a une « course », ça serait dans le domaine commercial, et malheureusement, il y a surtout que la synergologie, la PNG ou la PNL pour vendre des formations au plus offrant !
        Du coup, avez vous lu l’article ? Car je trouve formidable que l’on vienne nous traiter de « bullshiter » devant le faisceau de preuves que l’on amène (et qui s’étoffent de jour en jour), alors que les synergologues ne nous proposent que mépris et insultes. Je vous invite à vérifier le nombre d’insultes que l’on reçoit, et ensuite le nombre d’insultes que l’on a prononcé envers eux ! Je peux vous aider à cela si vous voulez, ça sera rapide de mon coté !

        Vérifiez aussi la mise en demeure de Philippe Turchet envers La Presse, dans les documents qu’il cite pour « prouver » que la synergologie est scientifique. Non mais vraiment, regardez ce que disent les articles sur la synergologie ! Turchet a voulu jouer la figure d’autorité, les synergologues n’ont même pas relu son document. Pas de bol, un scientifique sceptique a fait du fact checking et a montré que ces articles, en plus de n’apporter aucune preuve sur la synergologie, faisaient même l’inverse pour certains !

        Des scientifiques ont proposé des expérimentations, Turchet a refusé !
        Ils ont proposé un débat public, Turchet a accepté pour finalement refusé ensuite !
        Pendant ce temps, on nous dit que la synergologie est en train de prouver qu’elle est scientifique (chose que l’on me disait aussi pendant que j’étais en formation, puis synergologue), mais la prudence et l’éthique ne voudrait elle pas que durant cette phase où l’on cherche à prouver que la synergologie est valide, on évite de former juge, avocat, policier, médecin à cette pratique ? Ne serait ce pas faire preuve de précautions, surtout que dans mes souvenirs, n’importe qui peut être synergologue sans avoir aucune connaissance scientifique, épistémologique et sans prendre connaissance du code de déontologie de la synergologie (que bien peu appliquent…).

        Bref, tout ça pour dire que je ne cherche pas à vous convaincre, ne vous fiez pas à ce que je dis ou ce que dis Turchet, faites du fact checking. Regardez ce qui est produit en science, ce qui est publié, ce que la synergologie emprunte à la science, en le renommant sans JAMAIS citer la source originel, qui se montre éthique et respectueux des personnes et de la procédure scientifique.
        Si je suis parti de la synergologie, c’est par un gros souci éthique : les synergologues ne cherchent pas à être de bons communicants.

        Je vous souhaite une bonne journée, je suis prêt à vous fournir des documents si vous le souhaitez. Vous êtes libre de débattre ici, mais je préfère vous prévenir : aucune insulte ne sera toléré, on critique les idées, pas les personnes ! Je pense que le débat est possible, et qu’il est très sain. Seul les dogmatiques évitent la discussion.

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