Vers une écologie de la communication

Il y a encore plusieurs siècles, l’information ne se déplaçait qu’à maximum vitesse d’un cheval au galop. Aujourd’hui, nous pouvons communiquer de façon quasi-instantanée de l’autre coté du globe. Ce progrès ne s’est pas fait si « progressivement » que cela : il y a encore un peu plus d’un siècle, on venait tout juste de faire la première traversée de la Manche en avion. L’humanité, qui est âgée d’environ 10 millions d’années selon les dernières découvertes, est à un tournant de son évolution, une évolution qui passe par une écologie. Une écologie des ressources, certes, mais je ne suis pas assez expert pour voir un avis. L’écologie qui me préoccupe est celle de la communication : communiquons-nous comme nous le devons ? Quels risques pour l’avenir si nous continuons dans cette voie ?

 

Écologie de la communication et la relation au corps

Gregory Bateson a écrit un livre qui a marqué l’anthropologie, la cybernétique, les sciences humaines et sociales : Vers une écologie de l’esprit. Dans ce livre, il écrivait notamment le résultat de ses recherches et observations sur les peuplades « primitives » et sur sa théorie de la double contrainte. Bateson dressait un portrait novateur de l’homme, de l’esprit, et de ses comportements en fonction de son environnement. Qu’est-ce qu’alors une écologie de la communication ?

En Roumanie, pendant la dictature de Ceausescu, il existait des orphelinats où les enfants étaient privés d’interactions : laissés à eux-mêmes, à peine nourrit, ils vivaient dans des conditions déplorables. A la chute de régime, quand certains médecins arrivèrent dans ces orphelinats, ils y découvrirent un mouroir, et des enfants prostrés à la limite de l’autisme : privés de tendresse et d’attention, ces enfants ne parlaient pas et ne maîtrisaient pas leurs émotions.



De nos jours, certaines chercheurs s’alarment : les enfants, de plus en plus jeunes, maîtrisent les nouvelles technologies de communication : sms, tchat, facebook… Cependant, ce qui inquiète ces chercheurs, c’est le manque de stimulation du cerveau lors de ces actes de communication. Quand vous discutez avec quelqu’un, le fait de voir son langage corporel a un impact sur vous, vous comprenez son émotion, vous faites le lien discours/non-verbal. Mais quand vous ne voyez pas votre interlocuteur, comment travaille vos neurones-miroirs ? Ils ne sont pas stimulés, et ce manque de stimulation conduit à l’âge adulte à des problèmes de communication, notamment dans la compréhension de l’autre.

Nous sommes bien loin d’une réelle comparaison, pourtant, le constat est inquiétant. Il n’est ici pas question d’une écologie, mais d’une économie : on évite l’implication relationnelle par le corps. C’est un constat permanent : nous évitons de nous toucher, quelqu’un de tactile est perçu comme intrusif. Sans toucher depuis notre tendre enfance, nous sommes incapable de nous construire : en quoi cela devrait être différent adulte ? L’écologie de la communication, c’est la prise en compte de ce qui est nécessaire dans notre construction relationnelle.

 

L’impact des mots et du discours

Vous connaissez sûrement les chiffres de Albert Mehrabian, cités à tort et à travers avec les fameux 7% de la communication qui ne représentent que le verbal, les 93% restant étant réservés au non-verbal. Je ne me tire pas une balle dans le pied en vous disant que ces chiffres sont souvent mal compris, et donc erronés dans la plupart des cas.

Restons clair : le non-verbal garde une place prépondérante dans la communication. C’est l’essence même de mon travail : voir quand le corps n’est pas en accord avec le discours, pas pour juger de qui dit la vérité ou non. Le but est que le message soit délivré pour en maximiser la portée et l’impact. J’ai déjà parlé des risques que l’on a à faire semblant.

Mais on ne peut pas mettre de coté le verbal pour autant. C’est le verbal qui va permettre de clarifier une situation. C’est le verbal qui permet de poser une question. C’est le verbal qui va exprimer le fond de votre pensée. Encore récemment, j’ai lu la remarque d’un coach, n’étant absolument pas formé à la communication non-verbale, dire qu’il lisait dans le « body language », lui permettant de tout savoir sur ses interlocuteurs. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles en leur faisant croire que l’on voit tout. La meilleure façon de savoir ce que l’autre pense, reste encore de lui demander. Mais pour cela, il faut en avoir l’envie, la capacité, le courage.

Car nous gaspillons notre capacité de communication : quand nous dénigrons l’autre, quand nous jugeons, quand nous mentons, quand nous ne sommes pas nous même, nous somme créateur d’une pollution. D’une pollution relationnelle et affective, qui n’apportent qui rixes et incompréhension. Ce qui nous amène vers une crise…

 

Une crise humaine

Pour moi, l’optimisme est très important, et n’empêche pas d’avoir un regard critique sur ce qui se passe actuellement. La communication est une passion, j’en ai fait mon métier, et le bilan que j’en fais n’est pas glorieux. Tout n’est pas noir, fort heureusement, mais l’avenir reste inquiétant. C’est ce que j’entends par écologie de la communication : ne plus se couper des autres, mieux comprendre l’autre, mieux se comprendre soi, accepter ses émotions, canaliser ses énergies.

J’ai découvert Pierre Rahbi récemment. Philosophe, mais surtout paysan, il parle dans cette vidéo d’écologie, de la nécessité de préserver la terre. Je ne me positionnerai pas sur certains de ses affirmations qui sont discutables d’un point de vue scientifique. Pourtant, il pointe du doigt une chose qui est l’essence même de mon engagement : nous ne sommes plus capable de communiquer sereinement entre nous, et avec nous-même.

 

Tout comme Pierre Rahbi, je ne pense pas qu’il faille tomber dans le pessimisme, et décider d’aller dans le sens du courant. Il est tout à fait possible de retrouver cette écologie, et ne pas continuer le cercle vicieux. Gandhi pensait que la violence était inefficace, et dit cette phrase en contradiction avec la loi du Talion :

Oeil pour oeil et le monde finira aveugle

Apprenons alors à observer, non pas pour juger, mais comprendre.

Suite à une licence en sciences humaines, je me suis intéressé à la communication non-verbale. C’est à la suite de quelques erreurs de parcours que j’ai pu voir à quel point la communication était peu vulgarisée et qu’il était facile de faire la promotion de pseudosciences dans les médias. Plutôt autodidacte, j’aime écrire, faire des vidéos et des conférences.
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