Peut-on vraiment détecter le mensonge grâce au non-verbal ?

Apprendre à détecter le mensonge, l’idée est belle, depuis les séries télévisées comme Lie to me ou Mentalist. Cela va faire quelques mois que j’avais envie de faire un article sur la détection du mensonge, mais que je repoussais l’échéance (détecter le mensonge n’est pas ce qui me passionne le plus). Quelques mois où je vais d’articles web en articles web sur ce thème et où je lève les yeux au ciel en lisant certaines inepties sur le non-verbal du mensonge. Quelques mois que je discute avec des professionnels ou des universitaires sur le côté pénible de certains sites ou d' »experts » qui vendent le rêve de détecter le mensonge en quelques leçons. Cygnification est avant tout un site de vulgarisation des processus de communication, mon ambition est d’expliquer au plus grand nombre les processus relationnels. Je vais vous expliquer dans cet article en quoi détecter le mensonge, ça ne s’improvise pas.

 

Détecter le mensonge grâce aux idées reçues

Si on fait un petit sondage auprès de la population sur les comportements qui indiquent un mensonge, on tomberait, pêle-mêle, sur :

• La direction du regard

• les autocontacts

• les comportements de stress

• les croisements de bras/jambes

• … et bien d’autres !

 

 

détection du mensonge pnl

Or, là-dessus, les chercheurs sont formels : il y a énormément d’idées reçues et d’erreurs ! Prenons l’exemple de la direction du regard, qui nous vient en partie de la PNL (programmation neuro-linguistique). Vous connaissez sûrement le principe : selon la PNL, quand on regarde à gauche, on se souvient, quand on regarde à droite, on imagine (et donc généralement, on ment). Toutefois, voilà bien depuis 1990 que des chercheurs comme Yves Winkin ou Alain Brossard (pour ne citer qu’eux, il y a eu d’innombrables recherches sur le sujet) ont démontré que ce système n’était pas viable. Pourtant, c’est un principe que l’on continue de propager dans les formations et dans les séries policières.

Toujours sur les yeux, une idée reçue bien connu est l’évitement du regard. Cette croyance nous amène à penser qu’un menteur serait dans l’incapacité de soutenir le regard de son questionneur. Là, aussi, il a été prouvé qu’un coupable pouvait tout autant soutenir le regard. En effet, il y a 4 approches dans le mensonge : émotionnelle, cognitive, physiologique et contrôle. Dans une approche de contrôle, le menteur va fixer le questionneur du regard, alors que dans une approche émotionnelle ou cognitive, il y aura un évitement du regard. La pertinence de la lecture dépendra donc du talent du questionneur à reconnaître les différents profils.

Alors quelles sont les critères pour détecter le mensonge ? Comment être sûr de ne pas se tromper ?

Il convient déjà de faire un travail d’humilité. Il n’existe, à ce jour, par l’étude comportementale, aucune façon de détecter le mensonge à 100%. En 2006, une méta-analyse de plus de 200 études, menée par Bond et DePaulo, a montré que nous avions tendance à détecter le mensonge dans 54% des cas (donc l’équivalent du niveau de la chance : pile ou face), et que les personnes « formées » au non-verbal ne s’en sortaient pas mieux pour autant (Vrij, 2008). Donc méfiez-vous toujours quand un « expert » vous affirme pouvoir détecter le mensonge à coup sûr.

Il ne faut pas oublier non plus de mettre en relation verbal, non-verbal et contexte. On ne ment pas de la même manière devant ses amis que dans une salle d’interrogatoire. Et un signe non-verbal n’est pas forcément un signe de mensonge si on ne le croise pas avec ce qui vient d’être dit. Il faut donc, en définitive, ne pas se limiter à une formation. Détecter le mensonge est très difficile, même pour des enquêteurs qui sont formés à l’entretien, au décryptage du langage corporel, et au questionnement.

 

Des machines pour détecter le mensonge ?

 

détecter le mensonge

Outre l’étude du langage corporel, on a tenté depuis plusieurs décennie de mesurer les signes non-verbaux que l’on pensait être un signe de trahison. Quelle validité pour ces appareils ?

Déjà, vous pouvez oublier le polygraphe, appelé aussi détecteur de mensonges. Cet appareil, encore utilisé dans certains états américains, aussi bien par les forces de police que les entreprises dans leurs campagnes de recrutement, a depuis des années prouvé son manque total de fiabilité. Le Conseil National de la Recherche Américaine a d’ailleurs contesté la validité d’un tel procédé. En effet, le polygraphe réagit à l’activité émotionnelle, sans pour autant faire de distinction entre une réaction de stress, de peur, de colère… Bref, les faux positifs sont légions, alors que les personnes ne sont pas forcément menteuses, mais juste très intimidées par le processus.

Même chose par l’IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle), qui n’a pas montré des résultats probants car le simple fait de faire un calcul complexe ou d’interpréter le comportement de quelqu’un d’autre active la même zone du cerveau que lors d’un mensonge (Monteleone, 2009).

La détection vocale ? Même si certains indices para-verbaux ont été mis en évidence, les appareils conceptualisés n’ont pas montré une grande fiabilité. Pourtant, ce genre d’appareil est utilisé en Angleterre pour détecter les fraudes aux allocations : même si la performance d’un tel appareil est sujet à caution, il a un effet dissuasif sur ses usagers, qui préfèrent dire la vérité, juste au cas où (Hamsberger, 2009).

Là encore, les menteurs n’ont trop rien à craindre venant des nouvelles technologies…

 

Peut-on alors détecter le mensonge ?

La réponse ne peut pas être un oui ou un non catégorique. Quand on travaille sur de l’humain, on ne peut pas fournir une réponse brute et formelle. Ce n’est pas aussi mathématique que 1+1=2, c’est pour cela que les sciences humaines travaillent en termes de statistiques. Les universitaires travaillant sur la question du mensonge montrent cependant un avis généralement commun concernant certains indices.

Tout d’abord, ne pas tout miser sur le non-verbal. Aldert Vrij a montré qu’il était quelquefois plus simple d’user de stratégie durant l’entretien pour éventuellement piéger un menteur. Les indices se montreraient plus pertinents. Ce même chercheur a d’ailleurs montré qu’il n’y avait pas vraiment de gestes non-verbaux typiquement identifiables comme items de mensonge.

D’autres part, mentir demande un effort cognitif : en d’autres termes, cela demande de la concentration. Un bon enquêteur sera donc quelqu’un capable de surcharger les ressources cognitives d’un suspect, en posant des questions très précises, en demandant de raconter l’histoire à l’envers, en prêchant le faux pour savoir le vrai. Ces stratégies se montrent bien plus efficaces qu’une lecture corporelle ou qu’une lecture mécanique. N’en déplaise aux fans de Lie to me, détecter le mensonge du premier coup d’œil n’est pas si aisé.

Que dire de l’émotionnel ? La série Lie to me a introduit la détection des micro-expressions pour coincer les menteurs. Pourtant, une micro-expression ne créé par forcément un menteur. Prenons un exemple concret. Si un enquêteur vous annonce une garde à vue, montrer brièvement de la peur ne fait pas de vous un menteur pour autant, bien au contraire, c’est une réaction bien humaine. C’est pour cela qu’il est important d’avoir ce que l’on appelle une baseline, c’est à dire une connaissance des comportements de la personne en situation neutre. Marwan Mery parle de CHUC pour définir une baseline : Comportement-Habituel-Universel-Contexte. Ces 4 paramètres sont à prendre en compte dans leur globalité, on ne peut décrypter sans un minimum de travail en amont, et sans approche hypothétique de la pensée d’une personne. Donc oubliez les analyses à partir d’une photo prise sur le vif…

 

Détecter le mensonge en restant éthique

Outre le risque de se tromper, chercher à détecter le mensonge pose un problème éthique, celui de ne pas forcément laisser le bénéfice du doute. Je mets le travail des enquêteurs de coté : dans le cas d’une enquête policière, le but est la recherche de la vérité, et il n’y a aucun mal à user de stratégie de manipulation pour la connaitre. Mais dans d’autres cas de figure, la détection du mensonge soulève quelques questions morales. Doit-on se méfier de tout le monde ? La quête de la vérité passe-t-elle par la chasse aux menteurs ?

Ce que je vais dire n’engage que moi. C’est aussi une des raisons pour laquelle je ne montre pas forcément grand intérêt sur la détection du mensonge. Je pense sincèrement qu’en créant une communication saine, on diminue le risque de mensonge. Sur quoi mentons- nous ? Selon Claudine Biland, on peut mentir sur un fait (prétendre d’avoir réalisé une chose), mentir sur une émotion (prétendre ne pas avoir ressentir de peur, de la colère), ou mentir sur une opinion (prétendre être d’accord  avec quelqu’un par exemple). Ces types de mensonge peuvent être -en partie- évités par l’abandon, dans l’échange relationnel, au jeu d’influence. Un peu comme si l’on faisait de la prévention plutôt que de la répression, en laissant entendre que le mensonge est inutile parce qu’on peut le détecter, mais parce que l’on est dans l’absence de jugement de valeurs. La quête de la vérité ne passe-t-elle pas par l’acceptation de toutes les vérités ?

Car n’oublions pas une chose : à nous méfier de l’autre, nous faisons du délit de sale geste. Nous créons nous même les menteurs en les croyant menteurs, par le phénomène d’effet Pygmalion. Car un mensonge n’est pas forcément négatif : on peut aussi mentir pour se protéger si on est une victime, d’où l’importance de la neutralité et de l’impartialité du détecteur. Mais fort heureusement, dans le judiciaire, le non-verbal n’est pas considéré comme une preuve absolue…

 

 

Je tiens à remercier Benjamin Elissalde qui m’a aidé à la rédaction de cet article par son partage des sources et de son expertise professionnelle.

Suite à une licence en sciences humaines, je me suis intéressé à la communication non-verbale. C’est à la suite de quelques erreurs de parcours que j’ai pu voir à quel point la communication était peu vulgarisée et qu’il était facile de faire la promotion de pseudosciences dans les médias. Plutôt autodidacte, j’aime écrire, faire des vidéos et des conférences.
Mon profil Google+
17 réponses
  1. kvrichard
    kvrichard dit :

    Bonjour,
    Bon article. Le sujet est la base même des détracteurs des disciplines liés au non verbal.
    Il est vrai que les idées reçues vont bon train qu’en aux façons d’identifier les menteurs, et il est vrai aussi que beaucoup de méthodes d’interrogatoire son efficaces, sans passer par l’analyse du langage non verbal.
    Et je suis d’accord avec le fond, le raisonnement et la conclusion de votre article.
    Cependant il est peut-être plus question de point de vue qu’autre chose quand à l’analyse du mensonge via la lecture du langage non verbal.

    Premièrement parce que tout le monde fait instinctivement du non verbal (c’est notre moyen le plus efficace de communiquer) il est donc possible qu’un enquêteur soi mener à posé certaines questions grâce à cela (ce qu’on appel l’intuition).

    Deuxièmement parce qu’il faut bien définir ce qu’est le mensonge et ce que l’on analyse vraiment grâce au langage non verbal:
    – Dans notre cas, une contradiction entre le langage verbal et le non verbal

    Exemple simple :
    Nous sommes collègues de travail et vous me demandez si je vais bien. Je vous répond « oui, je suis super détendue aujourd’hui » cependant mes sourcilles, mes yeux et ma bouche font de la peur.
    La conclusion la plus simple (rasoir d’Occam) serait donc que je mens.

    Si l’on prend ce point de vue, alors l’analyse même du langage non verbal est de la détection de mensonge. Libre à vous de poser les bonnes questions pour savoir pourquoi je mens…
    Car tout le monde ment tous les jours ! S’ils ne mentent aux autres, ils se mentent à eux même (consciemment ou inconsciemment d’ailleurs).
    Alors que faut-il en conclure ? Faut-il faire la chasse aux mensonges ? Tous les mensonges sont-ils mauvais. Et enfin pourquoi l’on ment ? La culture occidentale définit le mensonge comme un démon, le langage du diable, qu’il faudrait chasser. Mais le mensonge est avant tout le seul moyen qu’a notre cerveau de se protéger des agressions extérieures (physique ou psychiques).
    Enfin il faut aussi bien différencier les cas pathologiques, tels que les sociopathes, mythoman, etc.

    Répondre
    • Xavier Ristat
      Xavier Ristat dit :

      Bonjour Kévin,
      Je ne dis pas qu’il faut laisser tomber le non-verbal, bien évidemment que l’on est sans cesse influencé par cela ! Cependant, en cherchant un peu, j’ai trouvé les recherches universitaires qui avaient tendance à dire, si je résume « c’est pas si simple qu’on croit ». L’humain est quelque chose de complexe, ce n’est pas une machine et la psychologie n’est pas une science dure (mais ça reste une science quand même).

      Je vois ce que tu veux dire avec ton exemple, moi j’appelle plus cela de l’empathie, car tu ne cherches pas forcément à détecter le mensonge. Certains vont ne rien voir, d’autres s’en foutre, d’autres le remarquer. Mais on ne va pas sombrer dans une chasse au sorcière, la personne va généralement dire « Ha bon? Ca n’a pas l’air pourtant ». Quand on regarde sur les blogs comment on te vend la détection du mensonge, on a l’impression de voir la recette de cuisine pour questionner son compagnon à la sortie de son travail.

      Après, on rentre dans une réflexion philosophique et éthnologique sur le mensonge, que je trouve tout aussi intéressant. Et je dirai que l’important, ce n’est pas de répérer les menteurs, mais juste de savoir que nous, on reste le plus authentique possible.

      Répondre
      • kvrichard
        kvrichard dit :

        Xavier, merci de ta réponse.
        Ce que tu dis est intéressant, mais encore une fois tout dépend du point de vue adopté.

        Bien entendu, il s’agit d’empathie, mais seulement du point de vue de celui qui observe !
        Hors n’importe quels analyse la plus partiale et scientifique possible ne repose pas sur le point de vue de l’analyste, mais bien sur celle du sujet (personne) et du contexte analysé.
        Dans mon exemple, par rapport au contexte (qui était une question fermée ne pouvant retourner qu’une réponse du type oui/non) il n’est point question d’empathie, mais bien de mensonge. Après, tout est dans la mesure : en l’occurrence, le mensonge n’était pas grave. Mais cela reste un mensonge…

        Après je te l’accorde, le problème des charlatans qui vendent des méthodes toutes faites pour « détecter le mensonge, telle une recette de cuisine fonctionnant soi-disant dans tous les cas, faisant fi du contexte (et parfois même du sujet) n’est probablement pas là.
        Leurs seules ambitions étant le profit, ils se font connaître non pas par leurs recherches, leurs publications scientifiques, ou encore par la réelle efficacité de leur méthode, mais bien à grand coup marketing, généralement porté par la sortie d’un livre au titre évocateur.

        Le problème dans ce domaine est là. Rien ne le règlemente !
        Tu parles d’éthique, de recherches scientifiques, mais hélas il n’y en a que très peu qui peuvent prétendre à cela ! Je n’ai jamais vu de publications scientifiques, publier dans des revues spécialisées donc, par de vrais scientifiques reconnus, à propos du langage non verbal.
        Exception faite de Paul Ekman, qui encore aujourd’hui est le seul réellement reconnu. Et ce, uniquement parce qu’il possède un doctorat, qu’il était enseignant dans une grande université et qu’il a appliqué une méthodologie scientifique irréprochable lors de ses recherches.

        Regardons les choses en face, à l’heure actuelle la science essaie plus de démonter les théories dans le non verbal qu’autre chose.
        Et là encore leurs démarches, bien que scientifique, sont discutables, tant les expériences sont limitées à des cas de figure très précis, ne permettant pas de valider ou d’invalider un quelconque résultat…

        Là où je veux en venir, c’est que ce ne sera que lorsqu’il y aura plus de démarche scientifique de la part de tous les acteurs (spécialiste, formateurs, etc.) de l’analyse du langage non verbal, avec une méthodologie et une procédure d’analyse vérifiable et vérifiée, que le charlatanisme disparaîtra.

        Si le langage non verbal est « universel », alors la méthode d’analyse de ce dernier doit l’être aussi.

        Heureusement, tout n’est pas noir et certains travaillent activement à la reconnaissance de leurs recherches par la science. Science qui est, soit dit en passant, un petit monde bien fermé…

        Répondre
        • Xavier Ristat
          Xavier Ristat dit :

          En fait, je ne suis pas forcément d’accord avec toi sur le coté fermé de la science. Disons que la science ne vient pas au gens, il faut aller vers elle. Pour avoir discuté avec des universitaires, ils sont d’accord sur un point : ils ne savent pas communiquer au grand public, leurs publications sont faites pour être « de bouche de druides à oreilles de druides ». C’est un peu le but de mon site et aussi du site de Hugues Delmas. Donc il y a Ekman de connu, car c’est un américain qui a fait beaucoup de choses, mais il y en a des tas d’autres ! Cosnier, Tcherkassof, Guéguen par exemple en France, et dans la détection du mensonge, il y a des centaines d’études sur le sujet ! Quand j’ai préparé mon article, on m’a envoyé de la documentation « pour commencer », il n’y avait pas moins d’une trentaine de pdf ! Par contre, il est vrai que la mise en forme et la conclusion n’amène pas au rêve de beaucoup : pouvoir prendre l’avantage sur l’autre. Donc là, je te conseille de lire la foule d’études qui ont été faites sur le sujet, comme moi je trouve totalement mon bonheur dans les sujets qui m’intéressent !

          Répondre
          • kvrichard
            kvrichard dit :

            La science est fermée, car seuls ceux qui en font déjà partie peuvent y publier des choses. Elle est fermée, car elle se regarde parfois un peu trop le nombril, refusant parfois toutes interactions externes aux modes de pensées déjà en place. Elle est fermée, car encore trop souvent régie par et pour l’égo de certains, ne voulant pas admettre le changement de peur de devoir se remettre en question. Je sais que ce n’est pas cela qui définit la science, qu’elle est accessible et malgré tout en perpétuelle évolution. Mais elle est parfois trop élitiste…

            Je ne dis pas qu’il n’a y pas de recherches ni de chercheur dans le non verbal. Mais tous ces travaux sont basés sur un modèle de type comportemental, socioculturel ou encore de relation (exemple donné avec les noms que tu as cité). De plus il n’y a pas d’uniformisation. Tout le monde fait ça sauce de son côté.

            Mais peut-être ne parlons-nous pas de la même chose. Je ne parle pas de « non verbal » au sens large du mot, mais bien d’analyse pure du langage non verbal. Pas de psychologie comportementaliste ni socioculturelle ni de théorie de relation (si cher à la synergologie) ou autre surcouche psychoanalytique.
            Uniquement un sujet dont on analyse le langage non verbal, sa gestuelle, ses réponses émotionnelles, dans son contexte.
            Je citais en exemple P. Ekman car c’est l’un des rares qui n’a travaillé que sur ça, limitant ses recherches aux muscles du visage et le leurs liens avec les émotions… C’est ce qui en fait pour beaucoup une base solide (mais très restreinte). J’en veux pour preuve l’utilisation du F.A.C.S. comme base même d’un système informatique capable de détecter les émotions. Il n’y a pas que lui, mais c’est un exemple…

          • Xavier Ristat
            Xavier Ristat dit :

            Ha non, je ne suis pas d’accord avec toi, la science serait fermé, je ne pourrais pas travailler ! Je ne peux pas te donner de détails car c’est en projet, mais je trouve la science bien plus ouverte que certaines disciplines sur le non-verbal. Elle serait élitiste, des universitaires ne me parleraient même pas !
            Ensuite, oui, chacun fait sa sauce de son coté, mais chacun répond à des critères de scientificité. Et là, tout les universitaires s’accordent à dire qu’un « dictionnaire » du langage non-verbal, ce n’est pas forcément possible. Après, il y a des désaccord.
            Je te prends un exemple, que j’ai vu récemment. J’adore l’astronomie, et récemment, Pluton a été retiré de la liste des planètes du système solaire. Et ça a fait grand bruits, car certains astronomes n’étaient pas d’accord, d’autres si ! Autre exemple, certains médecins utilisent l’homéopathie, d’autres non !
            Le problème n’est pas la science, car la science est avant tout mené par des humains. Mais dans les faits, à partir du moment que tu rentres dans un protocole, tu fais de la science. C’est là, la différence avec les pseudosciences.

          • kvrichard
            kvrichard dit :

            Certes je suis allé loin en parlant de science au sens large du mot. Mais certains domaines scientifique le sont, pour en avoir fait l’expérience. Trop souvent lorsque l’ont parle de communication, de non verbal, on à des « homme de science » en face qui grince des dents. Aucun rapport directe mais voici un exemple avec Pascal Lardellier. Et il est loin d’être le seul.

            De plus, le non verbal n’est pas vraiment classé en tant que discipline scientifique à part entière que je sache. Sauf lorsque d’éminents professeurs de psychologie, comportementalisme, etc. s’y intéressent bien sur.
            Il y a encore une étiquette « pseudoscience » qui lui colle à la peau. Ceci n’est pas mon avis, mais un fait.

            En réponse à ton exemple, je dirais que la déclassification de pluton en tant que planète suit un processus engagé par un groupe d’étude international, afin d’uniformiser (mondialement donc) les critères de classification des planètes et exoplanètes, sur la base de nouvelles découvertes dans le domaine. Pluton ne répondait tout simplement plus à ces critères.

            Pour revenir à notre sujet, et par analogie, ceci n’existe tout simplement pas en non verbal : un manque évidant d’uniformisation et de réglementation. Après que des gens ne soient pas d’accord, c’est une chose. Et le fait qu’ils cherchent à démontrer leurs hypothèses fait avancer le schmilblick.

            Cela dit, je suis totalement d’accord avec toi : le problème n’est pas la science.
            Le problème c’est l’application d’une démarche scientifique dans l’analyse du non verbal. Et tout protocole n’est pas scientifique, loin de là. Tu peux rentrer dans un protocole ultra-bureaucratique, sans pour autant apercevoir la moindre once de démarche scientifique…
            C’est ce qui permet à des charlatans de vendre des recettes miracles, c’est ce qui permet aussi à des gens comme Philippe Turchet et Mr & M Hermann d’en faire commerce, vendant du non verbal réchauffé à qui veut bien s’acquitter de quelques centaines d’euros le cours, vous certifiant le tout par un diplôme « officiel » de synergologue sous licence, payable annuellement, délivrer par l’institut européen de synergologie, qui est lui-même dirigé par … les Hermann. La boucle est bouclée ! Et tout ça pour vous « apprendre » des choses que vous pouvez trouver tout seul dans les multiples ouvrages qu’il a pompés pour fonder son dogme, où lui (et Hermann & co.), gourou absolu, délivre la bonne parole (là je ne vais pas me faire que des amis).
            En soi, ils ne sont pas fautifs. Ils profitent juste d’un système laissé en friche…

            J’espère ne pas avoir été trop dur en jouant un peu l’avocat du diable, et saches que je respect totalement ton point de vue. J’ai hâte voir le résultat de tes travaux avec les universitaires dont tu parlais.

            Bonne continuation.

  2. Gilbus
    Gilbus dit :

    Personnellement, quand on en vient à parler de détection de mensonge, ou de lecture corporelle, je ne cite pas de chiffres de statistique sur les modes de communication, je fais une démonstration, dans des conditions irréprochables, et ça marche.

    Bon, il faut dire que je suis illusionniste.

    Mais pour moi et pour beaucoup de mentalistes/illusionnistes, ces idées reçues sur la lecture corporelle sont du pain béni, puisque cela donne un support à une des branches de l’illusionnisme, c’est-à-dire les prodiges.

    Les prodiges ne sont pas des phénomènes magiques dans le sens de surnaturel, mais des phénomènes naturels extraordinaires.

    Les expériences de mémoire ou de force prodigieuse, certains numéros de fakirisme etc. font partie des prodiges.

    Avec cette mode du mentalisme télé, de la PNL, de la lecture corporelle qui envahit les écrans, les illusionnistes sont aux anges :
    De nouveaux prodiges à démontrer 🙂

    Le public moderne, dans sa majorité, ne crois pas à la magie.
    Mais les prodiges lui semblent acceptables, et les gens sont toujours heureux d’en voir :
    Cela ne remet pas en cause leur matérialisme, ni leur spiritualisme : on a un consensus pour tous.

    Évidemment, cela ne va pas toujours dans le sens de la recherche de la vérité :
    L’illusionniste ne cherche pas la vérité, mais l’émerveillement.

    La vérité est ailleurs.

    Tiens, encore une référence télé… 😉

    Gilbus.

    Répondre
    • Xavier Ristat
      Xavier Ristat dit :

      Bonjour Gilbus,

      Pour connaître certains illusionnistes, j’apprécie leur démarche. Il y a un contrat entre un illusioniste et le spectateur : celui de payer pour se faire avoir. On vient pour se faire manipuler, pour s’émerveiller, pour le spectacle. Et ça, ça ne me pose aucun problème, sous certaines limites.

      Par contre, ce qui me dérange, c’est quand on utilise cela non pas dans un but d’amusement, mais dans un but sérieux, avec l’ambition de manipuler, influencer les personnes, en faire un mode de vie. Et là je dis danger, car c’est bien joli de regarder les séries et de vouloir faire pareil, mais il y a un fossé entre réalité et fiction (je pense que tu me contrediras pas vu ton expérience dans l’illusion).

      Enfin bref ! Merci de ton commentaire, apparemment, je suis très lu par les magiciens !

      Répondre
  3. Serge de PuissantsContacts
    Serge de PuissantsContacts dit :

    Bonjour Xavier
    Pas mal punch ton article. J’ai particulièrement accroché sur ton argumentation de réserve. S’est à dire que ces gestes du non verbal se doivent d’être interprétés dans un contexte. Contexte qui n’est pas pris en compte par ces « marchand du temple » comme tu dit. J’avoue que cela m’a fait bouger les idées. Je croyais en effet qu’il y avait là une « bible » qui permettait une interprétation sans faille. Ces spécialistes ont l’air si spécialiste
    La réserve que tu affiche à propos de cette facilité prétendue m’amène aussi une question.
    Pour le commun des mortels, dont je suis, comment s’éduquer au langage non verbal ? Comment s’en servir pour mieux communiquer sans tomber dans des interprétations risquées ?
    Amicalement

    Répondre
    • Xavier Ristat
      Xavier Ristat dit :

      S’éduquer au langage non-verbal, c’est juste reconnaitre les émotions, et être attentif, empathique envers l’autre. Il n’y a pas besoin de chercher à tout prix à tout voir et détecter, au risque de passer pour juste un observateur. Pour ne pas faire d’interprétation risquée, je te conseille de lire les travaux de Carl Rogers, qui a une approche très intéressante de ce que doit être une relation authentique. J’en parlerai surement dans un Comm’entaires prochainement !

      Répondre
  4. HOUDINET
    HOUDINET dit :

    La détection du mensonge… voilà un sujet à la mode. La question est de savoir pourquoi souhaitons nous détecter le mensonge (en dehors des enquêteurs)? Pourquoi est-ce si important? Espérons nous que cela nous donnera du pouvoir sur l’autre ou nous faire gagner de l’argent?
    La communication non verbale fait partie de la reconnaissance du mensonge si elle s’inscrit dans le cadre d’une vraie écoute. Une écoute centrée sur l’autre mais également de nous même. Dans quel état d’être suis-je au moment de tenter de détecter un mensonge? Qu’est-ce que je connais de l’histoire proche et lointaine de mon interlocuteur? Qu’elles sont ses pressions internes? Je ne peux prévoir les effets de Halo que peuvent provoquer mes questions, alors qu’elles me semblent anodines .
    Je crois qu’il faut d’abord faire un gros travail sur soi avant d’aller vers l’autre car sinon les risques d’interprétation seront grand.Et ce travail qui est très difficile à faire car il faut avoir l’honnêteté de plonger en soi, et de ne pas se mentir à soi-même.
    Bizarrement, je pense que la meilleur méthode est d’appliquer l’empathie et le naturel. je pense que C’est à ce moment que nous sentirons vraiment le décalage entre notre attitude ouverte et celle de l’autre.
    Mais ne cherchons pas à décrypter le mensonge si nous ne sommes pas capable d’accepter la vérité. Cherchons plutôt le mal-être et posons nous la question : » n’est-ce pas mon attitude qui le provoque avant de « accuser’ l’autre.  »
    Merci pour ces articles.

    Répondre
    • Xavier Ristat
      Xavier Ristat dit :

      Oui, c’est exactement la philosophie que je prône. Pourquoi les plus grands experts (je parle des vrais) dans la détection du mensonge précise bien que c’est difficile de le faire alors que d’autres, sous réserve qu’ils ont fait 2 ou 3 semaines/mois/années de formation, souvent peu reconnues, s’autoproclament expert ?

      Moi même, je ne me dis pas « expert » en communication, l’expertise, ça vient avec le temps, et beaucoup beaucoup d’années de pratiques.
      Par contre, on peut se spécialiser. Je dis alors que je suis spécialiste, ou bien alors conseiller…

      Répondre
  5. bénédicte
    bénédicte dit :

    Bonjour,
    en préparant une formation dont un des point clé est la congruence, je suis arrivée (et non tombée!) sur votre site puis sur cet article et vos échanges.
    Pour avoir travailler au sein de la gendarmerie précisément sur les méthodes d’auditions, je vous rejoint totalement quant à la difficulté d’interprétation du non verbal. Alder Vrij a fait ainsi une super expérience avec laquelle on montre très bien comment les mêmes indicateurs non verbaux (mouvement des mains, « agitation », silence, « spontanéité (entre guillemet les indicateurs qui sont déjà des interprétations et non des observations factuelles) sont à double interprétation. Et aussi que le menteurs connaissant les stéréotypes du mensoneg tendent à contre carrer leur non verbal.
    L’autre énorme difficulté c’est que le non verbal, ce sont des milliers d’indices en continu et autant notre cerveau sait traiter cela avec ses filtres, autant traiter de façon neutre, objective, et complète (« scientifique », « irréfutable ») relève de l’impossible et donc de l’imposture.
    Sur le polygraphe, pour l’avoir vu et avoir travailler avec des enquêteurs québécois, c’est un très bon outil… à condition d’être utillisé dans un cadre très précis, pour une seule question (le protocole dure presque 3 h pour répondre à une seule question de l’enquête), et surtout demande d’être réalisé avec un interrogatoire particulièrement soigné. Alors oui, il y a des résultats, à 70% significatifs (et les 3à% restants sont inutilisés)lesquels ne sont cependant pas admis comme preuve là bas.
    Ce qui m’est apparu en fait fondemental dans cette question du mensonge et de sa détection, c’est la recherche des motivations, et donc des valeurs de la personne. Car c’est de là que viendra le fait ou non de mentir et également l’en-jeu (on parle du challenge du menteur qui doit faire croire à autrui quelque chose qu’il sait être faux). Cela permet à la fois de ne pas entrer dans des catégorisations de type : mensonge social, petit et gros mensonge etc, et également de se centrer sur ce qui est positif : l’authenticité de la personne ( et l’on revient à la congruence!,), sa vérité à elle. Le point de départ pour une relation de confidence (et non d’aveu).

    Répondre
  6. Bronsart
    Bronsart dit :

    Bonjour,

    C’est un excellent article! J’étudie la synergologie depuis plusieurs années et je suis toujours très étonné de voir fleurir des formations du type « Détectez le mensonge en 1 journée ». les synergologues savent à quel point il est difficile de détecter le mensonge (65% à 85% de réussite pour les plus doués d’entre nous). Il existe toutefois bel et bien une méthode basée sur le questionnement et pas vraiment de recette type tant les différents contextes peuvent influencer la conclusion d’une observation.
    Ce qui peut être considéré pour de la séduction, de la réserve, de la timidité, de la joie, … Dans certaines situations , pourront refléter le mensonges d’en d’autres par exemple.
    Enfin voilà , c’est un excellent article et restons les pieds sur terre! 🙂

    Répondre
    • Xavier Ristat
      Xavier Ristat dit :

      Oui enfin bon, la Synergologie n’est pas validé scientifiquement. Si les synergologues savent à quel point c’est difficile, ils ne se poseraient pas en expert de la détection du mensonge.
      Et c’est intéressant ce que vous dites, car selon la Synergologie, il ne faut pas se fier au contexte… Bref, je connais bien la Synergologie, et pour moi, elle n’est pas fiable pour détecter le mensonge.

      Sinon merci pour les compliments 😉

      Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *